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Le congrès de l’AFS en direct : vendredi 8 juillet 2011

par Pierre Mercklé le 8 juillet 2011 · 1 commentaire

dans Sociologie

De retour pour le « live » de la quatrième et dernière journée du congrès de l’AFS. Comme au cours des trois jours précédents, je vais essayer de vous raconter en direct cette dernière journée du congrès de l’AFS (le direct de la première journée est ici, celui de la deuxième journée est ici, et celui de la troisième est ici).

11h

J’arrive avec un peu de retard, pour démarrer avec la seconde session de la séance semi-plénière « A World Wide Sociology? », consacrée à l’internationalisation des sciences sociales, avec une table ronde animée par Etienne Ollion et Laurent Jeanpierre, et composée de collègues qui ont une expérience de comités de rédaction de revues internationales [voir la vidéo].

Andrew Abbott prend la parole en premier. En tant que directeur de l’American Journal of Sociology, il reçoit entre 400 et 500 articles par an, dont 40 à 50 seulement seront publiés. L’évaluation se fait en « double aveugle », comme dans beaucoup de revues scientifiques, ce qui veut dire que les évaluateurs ne savent pas qui sont les auteurs, et que les auteurs ne savent pas qui sont les évaluateurs. Et les articles sont très standardisés dans leur construction…

11h15

Jean-Louis Fabiani, qui est membre du comité de rédaction de Sociologias, et a été membre pendant quatre ans de la revue québécoise Sociologie & Sociétés, évoque une standardisation inférieure dans les revues lusophones ou francophones, par rapport aux revues anglo-saxonnes. La question pour lui est de savoir s’il y a une alternative à l’anglais, et au standard des articles évoqué par Andrew Abbot, ce qui ne lui semble pas évident.

11h30

De son côté, Claude Martin, qui dirige Liens social et politiques, une revue franco-québécoise, estime qu’une alternative possible à la standardisation évoquée par Abbott et Fabiani peut être la lutte contre un trop grand enfermement disciplinaire. Il y a donc selon lui un espace possible pour une revue francophone attachée à continuer à promouvoir l’interdisciplinarité.

11h45

Gisèle Sapiro évoque son expérience de membre du comité de rédaction de la revue Poetics, à partir de laquelle elle souligne que le modèle « positiviste » de publication évoqué par Abbott et Fabiani, ce fameux « article standard », a aussi quelques vertus, puisqu’il permet à des auteurs internationaux, publiant en anglais dans une revue hollandaise, de faire connaître leurs travaux aux Etats-Unis. Elle indique aussi que l’internationalisation peut se faire, pour les revues françaises, par une intégration plus systématique de collègues étrangers dans leurs comités de rédaction.

12h

C’est le moment des questions avec la salle: Philippe Cibois évoque le modèle des revues « bi-langues », publiant certains articles en anglais et d’autres en français, comme le Bulletin de méthodologie sociologique ; Louis-André Vallet estime que l’internationalisation est consubstantielle à l’avancée de la science ; d’autres (que je ne connais pas) posent la question de la montée en puissance de la sociologie chinoise. Andrew Abbott réagit vivement à ma question sur le public peer reviewing : c’est une idiotie ! Les revues qui s’y livreront se mettront à ressembler à Wikipedia, et si on veut savoir ce qu’il pense de Wikipedia, c’est ici (Abbott, 2010).

13h30

Ce sera pour moi la dernière session de ce congrès (je dois partir à 16h). J’opte pour la première session de l’après-midi du RT9, intitulée « La ville au prisme de ses marchés du logement », et animée par Yankel Fijalkow. Cette session c’est aussi celle d’un trio magique de communicantes que je connais bien, Anaïs Collet, Anne Lambert et Lise Bernard, par ordre d’apparition sur la photo ci-dessous :

Mais avant cela, François Cusin, qui vient de la sociologie économique, plaide dans sa communication (résumé ici) pour une véritable sociologie des marchés immobiliers, qui tienne en particulier compte de la variable du prix de l’immobilier, qui reste selon lui pour l’instant la variable invisible de la sociologie urbaine. Son propos vise alors à déterminer un certain nombre de facteurs des variations des prix de l’immobilier dans les douze plus grandes aires urbaines françaises, pour montrer la relation relativement significative entre solde migratoire et prix (sauf pour Paris), et proximité du centre-ville et prix, sauf à nouveau pour quelques cas atypiques d’inversion des prix : Montpellier, Marseille-Aix, et Lille pour les maisons. L’approche permet également de montrer que les classes moyennes, et en particulier les professions intermédiaires, qu’on croyait concentrées dans le péri-urbain, sont en réalité réparties de façon peu différenciées dans les centres, le péri-urbain et la banlieue.

14h15

Lise Bernard présente son travail sur les agents immobiliers (résumé ici), qu’elle mène depuis 2005 dans le cadre de sa thèse. L’objectif en est de proposer une sociologie d’une catégorie professionnelle intermédiaire de la structure sociale, à la fois par observation participante (elle a travaillé pendant plus d’un an dans une agence), par entretiens et avec une approche statistique. Elle montre que les agents immobiliers se distinguent des classes populaires par plusieurs aspects : niveaux potentiellement plus élevés de rémunération, plus grande autonomie, et aussi des niveaux de diplôme souvent plus élevés. Mais en même temps, ils sont très éloignés du salariat stable, et la précarité les hante souvent au quotidien, avec la peur de ce qu’ils appellent les « mois à zéro », ce qui les rapproche des désaffiliés décrits par Robert Castel (1995). Leur position sociale est donc constitutivement ambivalente, ce qui a des conséquences sur leurs rapports au travail. Le métier d’agent immobilier est très rarement un métier de vocation, et l’entrée dans le métier se fait souvent par la motivation des rémunérations potentiellement élevées, avec des « dispositions à la précarité » : personnes endettées, femmes après un divorce… Au total une catégorie intermédiaire, immergée à la fois dans le monde du marché et dans celui des services, qui les éloigne des classes moyennes traditionnelles, aussi bien des indépendants que des salariés.

14h45

C’est au tour d’Anaïs Collet, qui propose une communication (résumé ici) sur les effets de la gentrification sur les marchés immobiliers locaux, à partir de l’exemple du Bas-Montreuil. Cet exemple de valorisation d’un marché immobilier local permet d’analyser les logiques sociales des opérations de conversion de l’immobilier imposées par la gentrification. Est-ce la demande qui produit la ville gentrifiée, ou bien au contraire l’offre comme l’affirme Neil Smith (1996). L’étude des « gentrifieurs », de ceux qui, cadres ou professions intermédiaires, modifient des locaux à vocation commerciale ou industrielle pour en faire des habitations, permet de montrer l’importance de leur rôle dans ce type de dynamiques, ainsi que le rôle très important aussi, dans cet exemple en tout cas, de l’intervention municipale (fixation d’un COS très vas qui éloigne les promoteurs, règle du 80/20 qui facilite les conversions, menaces de préemptions qui accélèrent la dégradation du bâti…).

15h15

La dernière communication (résumé ici) est celle d’Anne Lambert, qui travaille sur les trajectoires résidentielles des ménages issus de l’immigration, et en particulier sur ceux qui font construire leur maison, à partir d’un terrain réalisé dans l’Est de l’agglomération lyonnaise : des ménages plutôt issus des migrations nord-méditerranéennes dans les lotissement des années 70, et une plus forte proportion de ménages issus de l’immigration maghrébine dans les lotissements plus récents, avec des mobilités résidentielles tardives, qui interviennent tardivement dans le cycle de vie. Ces ménages font souvent l’expérience de la discrimination (par exemple sous la forme de refus de prêts), qui suscite en eux parfois un sentiment de l’illégitimité de leur prétention à la construction pavillonnaire, qui ajouté au coût économique et moral de la mobilité concourt à l’apparition d’un sentiment de déclassement.

16h

Ca y est, le congrès de l’AFS à Grenoble, c’est fini pour moi, je dois rentrer… J’espère que vous avez apprécié ce petit parcours subjectif à travers ces quatre jours d’échanges sociologiques !

Les directs des autres jours du congrès :

mardi 5 juillet | mercredi 6 juillet | jeudi 7 juillet | vendredi 8 juillet

Références bibliographiques

Abbott Andrew, 2010, « Varieties of Ignorance », The American Sociologist, vol. 41, nr. 2, 174-189

Castel Robert, 1995, Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique »

Smith Neil, 1996, The New Urban Frontier : Gentrification and the revanchist City, Routledge

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manon vivière juillet 11, 2011 à 8h33

Merci pour ce témoignage des 4 jours de l’AFS, clouée sur place pour des raisons professionnelles, j’ai apprécié de lire vos billets en ayant l’impression d’être la « petite souris ».

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