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Réseaux sociaux contre classes sociales : faut-il former les professeurs de SES au nouveau programme de Première ?

par Pierre Mercklé le 31 janvier 2011 · 29 commentaires

dans Réseaux,Stratification sociale

Je viens de recevoir, presque exactement en même temps, un communiqué de l’Association des sociologues de l’enseignement supérieur (ASES) dénonçant le nouveau programme de SES de première, et une invitation… à former les professeurs de SES à ce nouveau programme !

Commençons par le commencement : je reçois d’abord un message électronique d’un éminent collègue, m’invitant à participer au stage national de formation au nouveau programme, dont un des thèmes porte désormais sur les réseaux sociaux :

2.3 Comment les réseaux sociaux fonctionnent-ils ? Capital social, formes de sociabilité On montrera que les réseaux sociaux constituent une forme spécifique de coordination entre acteurs et de sociabilité (réseaux internet, associations d’anciens élèves, etc.). On pourra présenter quelques exemples très simples de structuration de réseaux sans entrer dans la théorie des graphes. On s’intéressera surtout au rôle des réseaux en matière de recherche d’emploi en discutant plus particulièrement la thèse de « la force des liens faibles ».

Dans un premier temps, à la lecture de ce message très amical, ma pente naturelle me pousse à répondre positivement à cette sollicitation : après tout, j’ai enseigné cette question pendant trois ans pour la préparation à l’agrégation de sciences sociales, j’ai rédigé le cours du CNED sur le sujet, et j’ai publié à ce moment-là (en 2004) un livre consacré à la Sociologie des réseaux sociaux, dont je viens justement de remettre le manuscrit de la nouvelle édition, entièrement actualisée.

Mais à peine deux heures après ce message, je reçois, par le biais de la liste de diffusion de l’ASES, le communiqué demandant un moratoire dans l’application de ce nouveau programme ! Voici ce communiqué, que vous pouvez retrouver sur le site de l’ASES :

Communiqué sur les programmes de Sciences Economiques et Sociales du 26 janvier 2011

L’ASES déplore que le nouveau programme de sciences économiques et sociales pour la classe de première, une fois encore, tende à réduire la place des sciences sociales autres que la science économique. Ce programme qui fait l’économie de thèmes pourtant structurants pour la compréhension des économies et sociétés contemporaines (disparaissent ainsi les classes sociales) verse dans un théoricisme inadapté aux exigences de la transmission pédagogique. Les démarches pédagogiques spécifiques aux sciences économiques et sociales ( la construction inductive des connaissances, la pluridisciplinarité, la place donnée au travail sur documents, l’approche plurielle des réalités économiques et sociales), qui ont fait leur preuve, sont déniées dans ce nouveau programme qui semble tirer toute sa légitimité de l’empilement de connaissances économiques et technicistes. Le problème est aussi bien là : ce nouveau programme a été défini par un groupe d’experts qui n’a pas suffisamment consulté, comme cela devrait pourtant être le cas, ceux qui auront à l’enseigner. Les enseignants de sciences économiques et sociales, à travers l’APSES, demandent un moratoire à l’application de ce programme et la désignation d’un nouveau groupe d’experts qui ne se coupe pas, cette fois, des enseignants de terrain. L’ASES appuie pleinement ces demandes.

Ces protestations contre la réforme des programmes de sciences économiques et sociales ne sont pas nouvelles : depuis plusieurs années, l’Association des professeurs de SES (APSES) a été à la pointe d’une lutte incessante pour tenter de défendre cette matière, que je connais par ailleurs assez bien pour l’avoir enseignée pendant cinq ans au lycée, aussi bien en seconde qu’en première et en terminale. Une visite du site de l’APSES, et la lecture des billets consacrés à ce sujet sur AGORA, permettent de prendre la mesure à la fois des enjeux de ces réformes et des résistances légitimes qu’elles suscitent en retour.

Remontant aussi sec la pente qui m’avait dans un premier temps fait pencher vers une réponse positive, je me suis dit que partageant depuis longtemps ce combat, et souscrivant très largement aux termes de la protestation de l’ASES, il m’est difficile d’accepter cette proposition.  La réaction de mon collègue est un peu sèche (je crois qu’il est un des inspirateurs de ce nouveau programme) : « Je suis cependant surpris, m’écrit-il, que quelqu’un qui a rédigé un livre sur la sociologie des réseaux, considère comme un symptôme inquiétant le fait que l’on enseigne la sociologie des réseaux aux élèves. » C’est évidemment une très bonne remarque, à laquelle je suis sensible : ce n’est pas facile de refuser d’enseigner quelque chose, il faut donc que j’essaie de m’en expliquer…

Par principe bien sûr, il y a une contradiction à publier un livre sur un sujet, et à ne pas vouloir ensuite former des collègues, et des élèves, sur ce même sujet, je suis bien d’accord. S’il ne s’agissait que de cela, il n’y aurait aucun problème. Pour savoir s’il faut enseigner, il ne faut pas seulement envisager qui transmet quoi à qui, mais aussi le contexte et les conséquences de la transmission. Ici, le sens entier de cette transmission n’est pas seulement pédagogique, il est aussi nécessairement politique, comme le souligne Marjorie Galy, la présidente de l’APSES, dans une tribune publiée dans LeMonde.fr le 17 janvier 2011. Et donc, dans un contexte de rapport de forces entre opposants et partisans de nouveau programme, former – ou ne pas former – les collègues « maintenant », c’est-à-dire dans ce contexte, c’est prendre parti.

Quoi que je fasse, une fois sollicité, je suis contraint de prendre parti. Il me reste donc à expliquer pourquoi je prends le parti non pas de refuser d’enseigner ce que je sais, mais de refuser de le faire à cette occasion, maintenant – autrement dit, pourquoi je prends le parti de partager avec l’écrasante majorité de mes collègues cette opposition au nouveau programme. Mon problème n’est pas tant cette vieille querelle didactique qui oppose les tenants de l’enseignement par les questions et les objets aux partisans de la formation aux disciplines qui composent les sciences économiques et sociales, que justement la fonction que le nouveau programme semble assigner justement à la question des « réseaux sociaux ». Reprenons les termes dans lesquels cette nouvelle notion est introduite au programme… D’emblée, la question de départ me trouble : « Comment les réseaux sociaux fonctionnent-ils ? » La formulation même de cette question tend en effet à accréditer l’idée que les « réseaux sociaux » ont un « fonctionnement », qu’ils sont donc soit des outils au service des acteurs sociaux, soit les produits d’une activité sociale délibérée des acteurs, qui « réseautent » – qu’ils sont en tout cas quelque choses, qu’ils existent. Or, ce n’est pas du tout aussi simple que cela : une grande partie de la sociologie des réseaux sociaux considère au contraire qu’il faut se garder de toute tendance à la « réification » des réseaux sociaux, qui doivent d’abord être considérés comme un outil d’analyse des relations et de leurs structurations, à la disposition des chercheurs en sciences sociales. La question n’est donc pas de savoir comment les réseaux sociaux fonctionnent, mais comment les structures sociales peuvent être analysées à l’aide des concepts, des méthodes et des outils proposés par l’analyse des réseaux sociaux.

Or, la façon dont le programme de SES de Première répond lui-même à la question qu’il pose nous oriente dans une toute autre direction : « On montrera que les réseaux sociaux constituent une forme spécifique de coordination entre acteurs et de sociabilité (réseaux internet, associations d’anciens élèves, etc.). » D’abord, je suis extrêmement troublé, à nouveau, par la forme même de la réponse, qui, après leur avoir dit « comment » ils devaient formuler la question, indique ensuite aux enseignants « comment » ils doivent répondre à la question ainsi posée. D’autres que moi ont déjà fait remarquer à quel point le nouveau programme, en multipliant ces « comment », en particulier au détriment des « pourquoi », se révélait d’une normativité qui n’est pas du tout dans l’habitude de l’enseignement des sciences sociales. Ensuite, sur le fond, la réponse apportée confirme mes craintes : les « réseaux sociaux », au sens que j’ai essayé de défendre rapidement ci-dessus, ne sont pas « une forme spécifique de coordination entre acteurs », ni une forme spécifique de sociabilité, apparue il y a peu, et qui se répandrait au détriment d’autres formes, plus anciennes, de structuration des relations sociales. Les exemples mentionnés entre parenthèses (réseaux sociaux en ligne, associations d’anciens élèves…) finissent de convaincre que les concepteurs de ce programme n’ont en tête que cette acception très récente des « réseaux sociaux », celle qui y voit le produit du « travail social des relations » que Pierre Bourdieu (1980) avait désigné sous le nom de « capital social ».

Pour finir de comprendre le sens très particulier que revêt l’introduction, justement dans ces termes, des « réseaux sociaux » dans le programme de Première, il faut enfin, je crois, examiner aussi ce qui ne figure pas, ou plus exactement, ce qui ne figure plus, dans ce programme. Parmi les notions qui ont disparu du nouveau programme figurent en effet… les « classes sociales ». Les partisans du nouveau programme répondent qu’elles figureront dans le nouveau programme… de terminale ; mais l’APSES fait remarquer que la liste de thèmes (mentionnant effectivement la « stratification sociale ») qui figurait dans le projet initial, avait disparu du projet finalement publié le 27 mai 2010, et ne figurait pas non plus dans le texte paru au journal officiel le 28 août 2010…

Quoi qu’il en soit, ce mouvement qui associe disparition des « classes sociales » et apparition des « réseaux sociaux » est particulièrement symptomatique d’une transformation majeure de penser et d’enseigner la stratification sociale. En s’y conformant, les programmes de SES entérinent une tendance évidemment beaucoup plus générale. Pour s’en rendre compte, on peut faire appel N-Gram Viewer, ce spectaculaire outil que Google est en train de développer, et qui permet de mesurer les évolutions des occurrences d’un terme dans la masse énorme des ouvrages numérisés par le géant américain de l’Internet (voir ce billet dans QUANTI). Le graphique ci-dessous présente l’évolution du pourcentage d’occurrences des deux termes « classes sociales » et « réseaux sociaux » (l’emploi des termes au singulier donne en tendance les mêmes évolutions) dans la littérature francophone :

Google Ngram Viewer : classes sociales vs réseaux sociaux

Google Ngram Viewer : classes sociales vs réseaux sociaux

Et le phénomène est encore plus spectaculaire dans la littérature anglophone, où depuis une dizaine d’années, le terme « social networks » est même désormais plus fréquemment employé que le terme « social classes »…

Google Ngram Viewer : social classes vs social networks

Google Ngram Viewer : social classes vs social networks

Cette tendance massive fait directement écho au constat dressé par Luc Boltanski et Eva Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme (1999), à partir de méthodes lexicométriques similaires : ils y mettaient en garde contre les dangers d’une naturalisation de la notion de réseau dans les sciences sociales. Pour eux, les approches en termes de réseaux, au-delà de l’apparente « neutralité » méthodologique qu’elle semble revêtir, visent « aussi à émanciper la sociologie des “vieilles” notions de “catégories”, de “groupes”, de “classes” qui, présentées comme valables pour les anciennes sociétés à statut, ne convenaient plus à des sociétés ouvertes, mouvantes (libérales) dans lesquelles le “hasard” jouait un rôle prépondérant » (p. 224).

J’aurais bien sûr pu raconter tout cela aux professeurs de SES… Mais quelles que soient les précautions prises, en enseignant les réseaux sociaux sans enseigner les classes sociales, ne court-on pas le risque d’entériner ce mouvement dans les sciences sociales, alors même que faits et analyses persistent à démontrer la pertinence des approches en termes de classes, d’un bout à l’autre du spectre social, des conflits ouvriers des dernières années à l’affaire Bettencourt, du Retour sur la condition ouvrière de Beaud et Pialoux (1999) au Président des riches de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (2010) ? A l’instant même où nous apprenons que la « stratification sociale » est le nouveau thème du programme de l’agrégation de sciences économiques et sociales, la question mérite en tout cas d’être posée…

Et vous, comment y auriez-vous répondu ?

[edit]

01/02/2011

Ce billet a suscité depuis hier de nombreux commentaires, tous précieux car contribuant largement à mieux étayer, et aussi nuancer mon propos. Je tiens donc à remercier vivement tous les auteurs de ces commentaires. Dans la discussion ainsi engagé, j’ai mentionné un certain nombre de références, que je voudrais préciser dans cet ajout, car elles portent sur des graphiques et des tableaux difficiles à reproduire dans un commentaire…

Tout d’abord, j’ai fait référence à une diapositive d’un powerpoint du cours sur les réseaux sociaux de David Knoke, montrant l’explosion du recours à la notion de « social network » dans les articles de sciences sociales anglophones. Voici cette diapositive :

Growth of Social Networks in Social Sciences (David Knoke)

Growth of Social Networks in Social Sciences (David Knoke)

Le graphique représente la courbe du nombre d’occurrences (lissé sur 5 ans) des termes « social »+ »network* » dans les titres et les résumés d’articles de sciences sociales disponibles dans 14 systèmes d’indexation anglophones. Le powerpoint entier peut être récupéré à cette adresse :

http://www.soc.umn.edu/%7Eknoke/pages/INTRODUCTION_to_NETWORK_ANALYSIS.ppt

La seconde illustration que je voudrais reproduire ici est celle du tableau statistique décrivant l’évolution du sentiment d’appartenance de classe entre 1966 et 2010, tel qu’il figure dans le récent texte de Guy Michelat et Michel Simon sur le site de la Fondation Gabriel Péri :

Classe sociale subjective en 1966, 2001, 2002 et 2010 (Michelat et Simon, Fondation Gabriel Péri, 2010)

Classe sociale subjective en 1966, 2001, 2002 et 2010 (Michelat et Simon, Fondation Gabriel Péri, 2010)

Ce qui est certain, c’est qu’il y aura bientôt matière à un nouveau billet sur cette question finalement passionnante des relations entre « réseaux sociaux » et « classes sociales »… Et que le plan de mon cours d’agrégation de l’année prochaine sur « Les réseaux sociaux et la stratification sociale » commence à se dessiner ! Merci encore ! Et dire qu’on m’a dit que je ferais mieux de travailler au lieu de faire un blog…

Liens utiles

ASES
http://www.sociologuesdusuperieur.org

Google Group de l’ASES)
http://groups.google.com/group/sociologuesdelenseignementsuperieur

APSES
http://www.apses.org

Nouveau programme de première de sciences économiques et sociales
http://www.education.gouv.fr/cid53321/mene1019767a.html

AGORA
http://agora.hypotheses.org

Eloge des SES (site personnel d’Alain Beitone)
http://www.eloge-des-ses.fr

Google Ngram Viewer
http://ngrams.googlelabs.com

La stratification sociale (programme de l’agrégation de sciences économiques et sociales)
http://www.education.gouv.fr/pid25040/special-n-1-du-27-janvier-2011.html

Références bibliographiques

Beaud Stéphane et Pialoux Michel (1999), Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Sochaux de Montbéliard, Paris, Fayard, 464 vol.

Boltanski Luc et Chiapello Eva (1999), Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, coll. « nrf essais »

Bourdieu Pierre (1980), « Le capital social : notes provisoires », Actes de la recherche en sciences sociales, 3, pp. 2-3. Disponible en ligne: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1980_num_31_1_2069

Mercklé Pierre (2011), Sociologie des réseaux sociaux, Paris, La Découverte, coll. « Repères », troisième édition, 128 p. Voir en ligne : http://pierremerckle.fr/2011/02/sociologie-des-reseaux-sociaux/

Pinçon Michel et Pinçon-Charlot Monique (2010), e président des riches : Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Zones

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Totoro janvier 31, 2011 à 19h36

Les « réseaux sociaux » sont comme tout concept des SHS soumis à une reprise et incorporation par les acteurs eux-mêmes. En conséquence :

1/ Aujourd’hui les réseaux sociaux existent : pour tout un chacun, c’est Facebook et cie. Ils sont visibles, semi-publics et permettent à chacun d’objectiver leur existence, voire leur effectivité – monter des manifs de masse en Tunisie par exemple. Inversement les classes sociales ont vu leur degré d’existence diminuer, en particulier par le recul du PC et de ses structures syndicales et sociales.

2/ Les « réseaux sociaux » continuent à exister dans la littérature sociologique, soit en s’appuyant sur des connaissances partagées avec les acteurs (système des corps, anciens élèves,…) soit par construction empirique autonome. Les « classes sociales », souvent déjà mises en concurrence avec les CSP dans la tradition sociologique française, subissent en plus ce nouveau concept.

3/ Je pense qu’à ce stade revendiquer « réseaux sociaux » comme purement méthodologique est peine perdue. Tout comme Boltanski & Chiapello reprochaient à Latour et Callon d’avoir « neutralisé » le terme « réseaux », on pourra demain aller voir Lazega pour lui indiquer que « réseau social » n’est pas (plus en fait) une notion neutre mais l’objet d’enjeux sociaux et politiques majeurs.

4/ Google Ngram viewer illustre surtout l’usage de la notion par les acteurs (sauf si les ouvrages sont majoritairement des SHS, ce dont je doute très fortement). Mais il faut se méfier : si ça se trouve, les livres sont remplis d’énoncés du type « les réseaux sociaux, ça n’existe pas, contrairement aux sciences sociales ». Sur la question de l’écart entre lexique et sémantique dans ce cas particulier, voir http://socioargu.hypotheses.org/1963

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Pierre Mercklé février 1, 2011 à 8h39

Cher Totoro, je souscris évidemment à l’ensemble de vos remarques, et je vous remercie d’avoir avec votre commentaire ré-introduit un peu plus de finesse et de complexité dans mon propos. Contre les présupposés portés par la formulation du programme de Première, j’ai sans doute cherché à tordre le bâton dans l’autre sens. Mais indéniablement, on est plus près d’une conception équilibrée de cette question quand on ajoute vos remarques aux miennes…

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ROSET Bernard janvier 31, 2011 à 20h35

Bien vu Pierre, et je partage entièrement cette pertinente analyse.
Pour avoir suivi la qualité de votre enseignement sur les Réseaux à Crapone il y a longtemps déjà, je ne peux que souscrire à ce point de vue.
Il va de soi qu’un enseignement de Sciences Sociales peut facilement dériver (en SES peut-être plus encore) mais personne n’a à gagner à souscrire à une critique aussi ouvertement fallacieuse que celle qui consiste à remplacer sans cohérence scientifique des objets « chauds » par des objets « pseudo-froids » dont l’illustration même montre le peu de scientificité de ceux qui ont eu l’initiative de les introduire dans le programme.
Abordant les « réseaux sociaux » avec le sens commun (que l’on retrouve dans le programme), j’ai eu le bonheur de prendre la distance nécessaire grâce à votre cours dont votre communication ici montre la pertinence, et je déplore comme vous que le programme élaboré par un « comité d’experts » en galvaude jusqu’au sens.
La communication de votre intervention me parait indispensable pour bien éclairer le débat sur la refonte des programmes de SES auprès de ceux qui ont encore des doutes.
Bien à vous et un amical souvenir de la part d’un vieux prof de SES à l’équipe d’enfer de l’ENS-LH qui nous a fait grandir lors de ce stage très dense.
Bernard ROSET de Lille, encore prof de SES pour quelque temps.

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arnaud parienty janvier 31, 2011 à 21h07

Merci beaucoup de ce billet, qui confirme et précise de manière lumineuse ce que j’avais bien cru comprendre à la lecture de ce programme. Malheureusement, la partie pompeusement appelé « science économique » présente les mêmes travers.

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Une heure de peine février 1, 2011 à 9h05

Et bien en un sens, j’ai répondu à une sollicitation proche, bien que non identique, concernant la même partie du programme : rédiger un texte à propos de ces fameux réseaux sociaux à destination des collègues. Et, tout en comprenant parfaitement votre position, j’ai accepté.

Je partageais votre position quant à « l’éviction » des classes sociales, mais j’ai choisit de faire le pari qu’elles seraient réintroduites en terminale – si la liste des thèmes pour le programme de terminale n’a pas été publié au BO, c’est qu’elle n’avait pas sa place dans ce document, mais elle est toujours d’actualité.

Je partage aussi vos doutes quant à la présentation des réseaux sociaux dans le programme (j’ai quand même préparé ce thème à l’agreg, et ai donc longuement et religieusement lu et votre repère et votre cours pour le CNED). Je pense cependant les formulations plus maladroites et en partie guidées par des problèmes d’affichage que véritablement erronées (un programme n’est pas lu que par des enseignants et des chercheurs, mais aussi par des parents ou d’autres acteurs… ce qui explique par exemple que l’on hésitera toujours à y mettre explicitement « carrière délinquante » de peur d’avoir à faire face à une levée de bouclier dans certains milieux bien-pensant). J’ai donc décidé d’essayer d’influer, à ma modeste échelle, sur l’interprétation du programme dans le sens que vous défendez : les réseaux sont un outil, pas un objet particulier. Cela m’a semblé d’autant plus important que très peu de collègues sont au fait de cela et qu’ils ont donc besoin de points de repères (dont ils sont demandeurs).

Un choix différent donc, aussi parce que ce programme, je vais avoir à l’enseigner. Évidemment, la place dans la stratification sociale ne peut être sans effet ici :) !

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Pierre Mercklé février 1, 2011 à 9h12

Cher Denis, c’est peut-être sur le dernier point que nous nous séparons. Quand tu écris que tu fais ce choix parce que ce programme, tu vas avoir à l’enseigner, je considère, moi, que c’est aussi en partie le contraire qui peut se produire : tu vas avoir à l’enseigner parce que tu fais ce choix. Il m’a semblé, de mon côté, que nous sommes, pour l’instant, dans un rapport de forces qui n’est pas tranché, et que chaque choix de ce type est comme un vote en faveur soit du nouveau programme, soit en sa défaveur. Une petite voix, mais une voix quand même. Et donc, à ma très modeste mesure, je vote contre…

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Une heure de peine février 1, 2011 à 9h30

Peut-être y a-t-il aussi alors une différence d’évaluation de la qualité du programme : si ce nouveau programme est très loin de mon programme idéal, il ne me semble pas non plus honteux ni pire que le précédent, du moment que l’on retrouve les classes sociales en terminale (si ce n’est pas le cas, par contre…). Je vois plutôt des problèmes pour les sciences sociales dans les modifications horaires introduites dans la réforme, en particulier le fait que les spécialités de terminale soient à 1h30 en ES alors qu’elles sont à 2h en L et à 3h en S. J’avoue que cela m’inquiète plus.

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µ février 1, 2011 à 10h44

Je m’inquiète personnellement de voir circuler le même genre de choses sur les listes de profs de maths (disparition des heures de maths en ES et en L), les profs d’histoires (suppression en filières S) et en sciences éco… Je me demande à quand une coordination

Répondre

Brustolin Valérie février 1, 2011 à 10h54

Cher Pierre,
C’est la première fois que je prends la plume pour répondre à un message issu de la liste ASES, et ceci pour vous féliciter de votre billet. Votre démarche a quelque chose de réconfortant, tant sur le plan scientifique que sur le plan humain. Je suis doctorante de Gérard Noiriel en sociologie et je travaille sur les mineurs de fond de fer de Lorraine, classe sociale dont je suis issue (quatrième génération). Et je trouve tout à fait courageuse pour un spécialiste des réseaux sociaux votre démarche, et votre acuité à pointer du doigt la part idéologique que représente le passage du pourquoi au comment, et les bénéfices secondaires que cette démarche pourrait représenter en terme de disparition du concept de classe sociale. Michel Pialoux a été mon second lecteur du DEA de l’ENS/EHESS que j’ai passé en 2004, et retour sur la classe ouvrière ne sonne pas exactement comme retour sur les réseaux sociaux ouvriers… Notion de réseaux que par ailleurs j’utilise abondamment, mais là n’est pas le sujet et vous l’avez très bien montré.
Bien à vous,
Valérie Brustolin

Répondre

Christophe Prieur février 1, 2011 à 11h59

Je souscris tout à fait.
Les objections que tu présentes pourront être facilement disqualifiées comme étant caractéristiques des pinaillages des sociologues.
N’empêche.
De la part de l’auteur d’un ouvrage de référence sur les réseaux sociaux, ça a de quoi frapper les esprits.

Enfin si on pense que tout n’est pas joué, mais le processus a bien fait son chemin depuis Boltanski & Chiapello. Peut-être serait-il temps d’utiliser de manière plus visible les réseaux sociaux comme outil critique.
L’idée de classes sociales ne se vend plus, mais était-ce moins un outil que les réseaux ? Changeons d’outil mais n’oublions pas complètement le programme. C’est d’ailleurs à peu près ce que suggère Boltanski dans son dernier livre (même s’il ne parle pas spécifiquement des réseaux).

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Pierre Mercklé février 1, 2011 à 12h06

Merci Christophe ! Et de la part d’un spécialiste de la question, ça me rassure plutôt…

Répondre

CA février 1, 2011 à 14h09

Tendance générale en effet, et qu’on retrouve dans les statistiques de l’INSEE (Cf. Emmanuel Pierru et Alexis Spire « Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles », Revue française de science politique, 3/2008 (Vol. 58), pp. 457-481, http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFSP_583_0457 ).
Reste qu’il peut aussi y avoir des usages « émancipateurs » de la notion de réseaux (Cf. Yannick Rumpala, « Connaissance et praxis des réseaux comme projet politique », http://www.raison-publique.fr/La-connaissance-et-la-praxis-des.html ).

Répondre

Michel Grossetti février 1, 2011 à 15h05

Pierre,
Tu as eu raison de refuser s’il s’agissait de remplacer les classes sociales par les réseaux. Les interactions et relations dyadiques qui forment les réseaux sociaux n’empêchent en rien l’affiliation à des collectifs et l’existence d’inégalités de ressources. C’est même un résultat classique de l’analyse des réseaux sociaux de montrer que ceux-ci sont inégaux et peuvent contribuer à produire des inégalités et une fragmentation du monde social.

Trois remarques :
1. L’expression réseau social désignant de plus en plus des dispositifs comme Facebook, l’exercice lexicométrique est un peu faussé.
2. Réifier les classes sociales ne vaut pas forcément mieux que réifier les réseaux. Les inégalités, hiérarchies et injustices du monde social ne se réduisent pas à l’affrontement de quelques grandes classes sociales.
3. Les analystes de réseaux ne devraient pas se laisser culpabiliser par le livre de Boltanski et Chiapello. Les auteurs de la tradition d’analyse des réseaux sociaux ne sont pas plus coupables de l’idéologie managériale de l’organisation en réseau que Boltanski et Thévenot ne le sont des cours de management qui proposent à leurs étudiants le modèle des cités et de leurs grandeurs pour galvaniser leurs organisations.

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Pierre Mercklé février 1, 2011 à 18h56

Cher Michel, Merci de ton soutien argumenté, et nuancé… A l’appui de ton propos, on pourrait tout à fait revenir à la source même et regarder comment l’anthropologue britannique John Barnes, en partant à la recherche des principes de la stratification sociale dans la petite île de Norvège qui constituait sont terrain de thèse, a justement inventé la notion de « social network » (Barnes J. A., « Class and Committees in a norwegian Island Parish », Human Relations, 1954, 7, pp. 39-58). J’avais été très intéressé, plus récemment par la façon complexe dont Nan Lin, par exemple dans Social Capital (2001), essayait d’articuler réseaux et classes sociales pour théoriser les variations des effets du capital social suivant les positions dans la hiérarchie sociale (pour un aperçu en français, voir « Les ressources sociales : une théorie du capital social », Revue française de sociologie, 1995, XXXVI-4, octobre-décembre, pp. 685-704).
Pour le reste, je me contenterai d’un rapide commentaire de ton premier point : de toutes façons, l’exercice lexicométrique très rapidement esquissé dans le billet est discutable, parce que l’outil utilisé pour le réaliser (Google Ngram Viewer) est lui-même discutable. Pour en savoir plus, il faut absolument lire le texte, que nous avons signalé dans QUANTI, de Patrick Peccatte sur son blog Culture visuelle : L’interprétation des graphiques produits par Ngram Viewer. Cela étant dit, ta remarques appelle aussi quelques remarques : d’une part, d’autres ont déjà signalé d’une part le déclin du recours à la notion de « classe sociale » (il me semblait avoir lu ça notamment chez Chauvel, mais je ne retrouve pas la référence dans l’instant), et l’explosion du recours à la notion de « réseau social », et cela spécifiquement dans la littérature scientifique (voir par exemple la diapositive n° 5 de ce powerpoint de David Knoke (comme il n’est pas facile de reproduire des images dans les commentaires, je mets la diapositive un peu plus haut, dans un « edit » à la fin du billet) ; d’autre part, faut-il vraiment chercher à démêler les « réseaux sociaux » en ligne des « réseaux sociaux » des sociologues ? Cela risque de devenir de plus en plus difficile…
Et au fait, que racontent désormais les fameuses enquêtes sur le « sentiment d’appartenance de classe », régulièrement réalisées depuis les années soixante ? Eh bien, que le sentiment d’appartenir à une classe sociale, après avoir atteint son plus bas niveau historique au début des années 2000, il est remonté aujourd’hui à un niveau qui se révèle même supérieur à celui du milieu des années soixante ! Seulement, en quatre décennies, ce qui a changé, c’est que le sentiment d’appartenir à la « classe ouvrière » a chuté de 23% en 1966 à 6% en 2010, tandis que le sentiment d’appartenir aux « classes moyennes » est au contraire passé de 13% à 38%… Pour en savoir plus, lisez ce récent texte de Guy Michelat et Michel Simon sur le site de la Fondation Gabriel Péri.

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Christophe Prieur février 1, 2011 à 23h08

Les classes moyennes, tiens, une belle tarte à la crème, et un joli mot-clef qu’on retrouve bien plus souvent que « réseaux sociaux » dans l’ordinaire de la langue de bois. On ne va pas défendre bec et ongles un outil dont on montre quotidiennement dans notre travail qu’il pèche par beaucoup d’aspects. Michel a raison : ne culpabilisons pas. L’analyse des réseaux sociaux est un outil formidable. Un marteau est un outil extrêmement bien conçu, qu’on plante un clou avec ou qu’on en fracasse le crâne de son voisin.
Mais le fait est que la vision « réseau » rend par définition assez mal l’idée d’une société hiérarchisée. Alors n’oublions pas de montrer et répéter que même s’il est tissé de liens nombreux, multiplexes et petit-mondisants, le monde social n’est ni plat ni horizontal (ni petit, d’ailleurs), les contraintes que font peser les réseaux sur les acteurs ne sont pas les mêmes dans les diverses régions de ces réseaux, le capital social n’est pas la seule forme de capital, et les « grands » (les mobiles, les interconnectés) de la « cité par projets » de Boltanski & Chiapello sont plus susceptibles d’être issus de certains milieux que d’autres, même si des exceptions peuvent donner bonne conscience. A ce titre, merci au commentateur précédent pour la référence à l’article de Yannick Rumpala. Je pense aussi à Fabien Granjon, pour qui l’étude des réseaux sociaux (y compris celui du film éponyme) va de pair avec l’étude des inégalités. Par ailleurs, on peut déplorer (ce n’est pas mon cas) que la popularité de l’idée de « réseaux sociaux » ait mené à son détournement par les marchands du Temple, au point qu’on ne sache plus au juste ce que désigne le vocable, mais je ne suis pas loin de penser que les virtuoses de Facebook et de Twitter ont une longueur d’avance sur les rédacteurs du programme de première.
Pour revenir à la question du début : faut-il former les enseignants du secondaire à l’analyse des réseaux sociaux ? Je répondrais bien laissons les élèves former leurs profs à Facebook, et laissons les profs rappeler aux élèves ce que facebook ne dit pas, mais pourquoi pas en citant Danah Boyd en même temps que Bourdieu. Pour la betweenness centrality et le block-modelling, ça pourra attendre l’agreg de socio… ou l’école de management.

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Michel Grossetti février 2, 2011 à 10h59

Trois remarques complémentaires :

1. Les inégalités de revenus se sont réellement réduites depuis la seconde guerre mondiale, de même que la part des emplois d’ouvriers dans la population active, ce qui explique l’accroissement du sentiment d’appartenir à une « classe moyenne » lorsque la question est posée en ces termes. Depuis une vingtaine d’années, les inégalités ne se réduisent presque plus et l’on voit s’envoler les très hauts revenus (les 1% ou 5% les plus fortunés), en même temps que s’accroît la proportion de sans emplois, de temps partiels peu payés et de personnes en grande difficulté. Je ne suis pas certain qu’une lecture en termes de classes au sens le plus classique suffisent à analyser ces évolutions.

2. Si présenter les réseaux sociaux comme alternative aux classes sociales est une absurdité, il ne serait pas idiot d’introduire quelques notions sur les réseaux sociaux dans le programme de première.

3. Les analystes de réseaux devraient lutter contre la confusion entre les réseaux sociaux et les dispositifs de sociabilité comme facebook. Ces dispositifs peuvent servir de support à des relations constitutives de réseaux sociaux, mais ils ne sont pas eux-mêmes des réseaux sociaux. Les relations sociales que prennent en compte ceux-ci ne se réduisent pas aux échanges en ligne, ne nécessitent pas d’inscription dans un dispositif technique, et se déploient sur une variété de supports d’interaction. Si on considère que la bataille sémantique est perdue (je ne le pense pas que ce soit le cas pour le moment) et que l’expression « réseau social » est définitivement associée à ces sites, il faut trouver une autre expression pour désigner notre objet (le concours est ouvert).

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Christophe Prieur février 2, 2011 à 22h20

Disons que si l’objectif est de faire passer des idées aussi générales que la force des liens faibles, alors Facebook et tout le discours ambiant qui a mené à son invention sont largement suffisants (près de 40 ans ont passé quand même, l’effet de surprise est un peu éventé).

Pour le reste (qui fait vraiment l’analyse des réseaux sociaux qui nous est chère), il y a peu de chances que des notions beaucoup plus subtiles puissent survivre au passage chercheurs -> enseignants -> élèves .

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Yves Patte février 1, 2011 à 19h20

Bien que ce ne soit pas le point central de l’article, cette discussion à propos des classes sociales et des réseaux sociaux, ainsi que la question du réseau comme outil d’analyse ou comme « réalité » sociale, me rappelle « Espace social et Genèse des ‘classes’ » de Bourdieu : distinction entre « classe réelle » et « classe théorique », et volonté de Bourdieu d’aller contre le relativisme nominaliste (réduire les structures à de purs artéfacts) et contre le réalisme de l’intelligible (réifier les concepts)… Même si certains abandonnent le concept de « classe » au profit de celui de « réseau », les mêmes questions épistémologiques persistent…

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Totoro février 1, 2011 à 22h44

S’il est indéniable que la notion de « réseau social » soit
en forte expansion en sociologie, que ce soit sous sa forme
graphico-mathématique ou comme expression moins précise, le
diagramme de Knoke me semble problématique. Il eut fallu prendre
l’expression « social network » et pas juste la coprésence des deux
mots, sous peine de voir des choses qui n’ont rien à voir
apparaître. Tiens, par exemple, un livre de Latour… « Reassembling
the social: an introduction to actor-network-theory »

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Pierre Mercklé février 2, 2011 à 10h35

Mais Latour n’a-t-il vraiment rien à voir avec la popularisation, dans les sciences sociales, du recours (certes métaphorique) à la notion de « réseau », dont cette esquisse de lexicométrie essaie justement de mesurer l’ampleur ?

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Totoro février 2, 2011 à 12h48

Le diagramme de Knoke vise explicitement « social network(s) » et il est difficile à mes yeux de trouver des sociologies plus éloignées. Certes, métaphoriquement, on peut trouver des rapports entre les notions de « trous structuraux » d’un côté, de « point de passage obligé » de l’autre.

Mais, fondamentalement, la sociologie des réseaux sociaux ne prend en compte que les humains (et pire péché pour Latour sans doute, le plus souvent que les personnes), alors qu’un réseau latourien est rempli d’une foultitude de choses (au pas simplement au sens « things »).

Ma critique portait simplement sur la construction de Knoke et le fait d’en faire un élément de preuve. S’il avait cherché l’expression au lieu des mots, il n’aurait eu que le problème de confusion entre des articles sur Facebook et l’usage sociologique de « réseau sociaux ». Là, il capture plein de textes où se troue le mot « réseau », ce qui recouvre une foultitude de constructions théoriques.

Pour revenir au point de départ, c’est comme si on prenait « classe* » + « social* », on récupérerait des tonnes d’articles de méthodo et de stat qui font usage de « classes d’équivalences » ou de « classes d’objet », voire toute la sociologie de l’école (« classes d’élèves… ») ou la sociologie de la distinction (« les pratiques qui classent »…) !

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XavierM février 4, 2011 à 15h48

Bonjour, Juste pour le plaisir, et pour montrer (si besoin
était) à quel point la substitution des réseaux aux classes
sociales fait partie d’un certain sens commun scientifique, je vous
livre cette citation tirée d’un livre d’orientation
neuroscientifique consacré à l’empathie, trop belle pour être
ignorée : « Troubles du développement psychique, imagerie cérébrale
et théories de l’esprit constituent ainsi le contexte dans lequel
se déroulent les recherches actuelles sur l’empathie. Mais si l’on
veut un contexte plus général encore, on peut invoquer sans
difficulté la fin des grandes idéologies de masse et le repli sur
l’entre-soi de l’homme contemporain. En un mot, aux classes
sociales se sont substitués les réseaux de relations ; au fonds
commun de valeurs, de croyances et de perceptions dont chacun
disposait en partage et qui lui faisait reconnaître immédiatement
en l’autre une réplique de lui-même, s’est substitué un face-à-face
de subjectivités livrées à elles-mêmes. La communauté de destin
fait de nouveau place au droit à la différence. C’est alors que la
question de l’empathie surgit dans l’urgence » (A. Berthoz et G.
Jorland (dir.), L’Empathie, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 8-9). Sur
l’individualisme, les neurosciences et la difficulté à penser la
vie en société on peut naturellement relire les œuvres complètes
d’Alain Ehrenberg, à qui j’emprunte d’ailleurs cette citation
(« Sciences neurales, sciences sociales : de la totémisation du soi
à la sociologie de l’homme total », in Wievorka M. (dir.), Les
Sciences sociales en mutation, Auxerre, Éditions Sciences Humaines,
2007, p. 396, note 14).

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vincent L. mars 25, 2011 à 9h10

Pierre Mercklé ,

En tant qu’enseignant de SES, je ne partage pas votre position d’avoir refuser de participer à ces formations, vous privez les enseignants de SES de vos lumières sur les réseaux sociaux (et leur potentiel critique).
Maintenant que les classes sociales ont été introduites au programme de terminale, ce qui avait été annoncé depuis la parution du programme de première, allez-vous participer aux formations disciplinaires sur ce programme de première?
Un programme scolaire a vocation à être réinterpréter par chaque enseignants afin qu’il puisse se l’approprier, vous comprendrez que les formations disciplinaires sur les différentes parties des programmes sont donc pour nous d’une importance cruciale…

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Pierre Mercklé mars 25, 2011 à 10h45

Cher Vincent, ma position était très liée à la conjoncture dans laquelle j’ai dû la formuler, exactement au beau milieu de la polémique autour des nouveaux programmes (j’avais reçu cette invitation et l’appel le même jour). Ensuite, bien évidemment, je pense qu’il vaut mieux aller au charbon et faire entendre sa voix plutôt que laisser d’autres le faire en tirant dans d’autres directions… A suivre, donc !

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XavierM mai 3, 2011 à 15h16

Il n’est jamais trop tard (quoi que… ;=)):
« Entre 1970 et 1979, 3 % des thèses de sociologie comportaient le mot « classe », 1,5 % pendant la décennie 80, 1 % entre 1990 et 1995, dont un tiers concerne les classes d’école, naguère très minoritaires (fichier doctheses) ; plus finement l’année 1984 représente une rupture importante dans la série. Pour l’heure, en sociologie, le mot « classe » est daté, et semble être au purgatoire, d’une façon ou l’autre. » (Louis Chauvel, Le Destin des générations, Puf, 1998, rééd. 2002).

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