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Relire L’Etabli de Robert Linhart

par Pierre Mercklé le 16 novembre 2012 · 4 commentaires

dans Stratification sociale

Il y a quelques jours, l’émission de France Inter La tête au carré, de Mathieu Vidard, m’a demandé de choisir et de présenter un ouvrage qui me tient particulièrement à coeur, et que je voudrais voir figurer dans leur Bibliothèque scientifique idéale. J’aurais pu – et j’ai failli – parler d’un de mes deux ou trois « classiques » préférés, ceux qu’on rouvre régulièrement, comme Les règles de la méthode sociologique de Durkheim, ou La Distinction de Bourdieu. Et puis je me suis rappelé d’un livre peut-être moins connu, mais qui a je crois profondément marqué tous ceux qui l’ont lu. Il s’agit de L’établi, de Robert Linhart, paru en 1978 aux Editions de Minuit.

Juste après mai 1968, dont il a détesté les convulsions petites-bourgeoises, Robert Linhart, qui était philosophe, élève d’Althusser, est parti travailler à la chaîne, dans une usine Citroën de la porte de Choisy. C’est cette expérience du travail ouvrier qu’il raconte dans son livre, et ça se lit comme un roman.

Si vous voulez écouter la présentation que j’ai essayé d’en faire en quatre minutes, c’est ici :

http://www.franceinter.fr/emission-la-bibliotheque-scientifique-ideale-l-etabli-de-robert-linhart

L’Établi, ce titre désigne d’abord les quelques centaines de militants intellectuels qui, à partir de 1967, s’embauchaient, « s’établissaient » dans les usines ou les docks. Celui qui parle ici a passé une année, comme O.S.2, dans l’usine Citroën de la porte de Choisy. Il raconte la chaîne, les méthodes de surveillance et de répression, il raconte aussi la résistance et la grève. Il raconte ce que c’est, pour un Français ou un immigré, d’être ouvrier dans une grande entreprise parisienne.

Mais L’Établi, c’est aussi la table de travail bricolée où un vieil ouvrier retouche les portières irrégulières ou bosselées avant qu’elles passent au montage.

Ce double sens reflète le thème du livre, le rapport que les hommes entretiennent entre eux par l’intermédiaire des objets : ce que Marx appelait les rapports de production.

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Sincère nain novembre 27, 2012 à 10h36

Puisque les commentaires ne semblent pas ouverts sur le billet « Deux générations de pauvres », je profite de ceux sur l’excellent livre de R. Linhart que j’ai lu (pour la première fois …) il y a plus de trente ans grâce à François Beaujeu alors assistant (c’est comme ça qu’on disait à l’époque) à Dauphine. J’imagine que vous effectuerez le transfert idoine.
Vous écrivez : « mesurer la pauvreté « relativement », en considérant comme pauvres les ménages vivant avec moins de la moitié du revenu médian des Français ». De fait, la mesure statistique « officielle » de la pauvreté aujourd’hui en Europe est plus large puisqu’il s’agit des ménages qui vivent avec moins de 60% du NIVEAU de VIE médian (revenu disponible moyen par unité de consommation). La référence à la moitié du niveau de vie médian était celle de l’INSEE (qui l’a d’ailleurs conservée comme série statistique complémentaire) avant qu’elle n’adopte la convention (norme) d’Eurostat. Passer de la conception « restrictive » de l’INSEE (ancienne manière) à la conception « extensive » d’Eurostat (et de l’ONPES) fait pratiquement doubler le taux de pauvreté …
Et considérer qu’elle « a stagné ou légérement » [augmenté] (j’imagine que c’est le mot qui manque dans votre billet) au cours de la dernière décennie c’est une façon quelque peu euphémisée de percevoir les choses … En 2004, le taux de pauvreté en France était de 12,6% (au sens d’Eurostat). En 2010 il est de 14,1% (cf. http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1412/ip1412.pdf) soit une augmentation du taux de près de 12% (+1,5 point par rapport à 12,6) en 6 ans ! Excusez du peu. Quant au nombre de pauvres, il a augmenté dans le même intervalle de près d’un million …

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Pierre Mercklé novembre 27, 2012 à 12h03

Mais si, normalement, les commentaires sont ouverts sur le billet « Deux générations de pauvres »… Et je ne peux pas y déplacer le vôtre, donc si vous parvenez à l’y dupliquer vous-même, ce sera parfait !
Sur le fond, les seuils étant conventionnels, il est difficile de décider que l’un est meilleur que l’autre. A votre argument, on peut d’ailleurs ajouter qu’au seuil de 40% du revenu médian, on divise encore par deux, pour obtenir environ 2 millions de pauvres…
Pour le reste, vous avez raison sur l’augmentation au cours des dix dernières années, avec ce type de mesures… Mais s’agit-il d’une augmentation de la pauvreté, ou des inégalités ? Quand on utilise d’autres indicateurs, comme les mesures de la « pauvreté en conditions de vie », on n’observe plutôt une stagnation ou une diminution de la pauvreté…

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Sincère nain novembre 27, 2012 à 23h56

« Mais si, normalement, les commentaires sont ouverts sur le billet « Deux générations de pauvres »… « . Je suis désolé, mais non ! Lorsqu’on clique sur le titre de votre billet « Deux générations de pauvres », la partie « Ajouter un commentaire » n’apparaît pas en bas de page (alors qu’elle apparaît bien au bas de la page « Relire l’Etabli » …). Je vous réponds donc à nouveau ici faute de pouvoir le faire au bas du billet concerné.
« Les seuils étant conventionnels, il est difficile de décider que l’un est meilleur que l’autre. » On est bien d’accord mais ce n’est pas le problème. Actuellement la convention majoritaire qui prévaut en Europe (et en France) c’est bien 60% de la médiane (même si l’INSEE continue à diffuser ses stats sur la demi-médiane). Quant suggérer de prendre 40%, on aurait presque envie de vous demander de diviser 642 euros par 30 (jours) juste pour voir ce que cela représente chaque jour … A ma connaissance personne n’a jamais proposé de déterminer le seuil de pauvreté aussi bas (même les plus imaginatifs inventeurs du concept de « pauvreté ancrée dans le temps » …).
En ce concerne la pauvreté en conditions de vie, tout dépend des dates de référence. Difficile déjà de faire une comparaison sur le long terme puisqu’il y a une rupture de série en 2004. Et effectivement on enregistre bien une légère baisse du taux de 2000 à 2004. Ensuite la tendance est tout sauf linéaire :
2004 : 14,6 % ; 2005 : 13,3 % ; 2006 : 12,7 % ; 2007 : 12,4 % ; 2008 : 12,9 % ; 2009 : 12,2 % ; 2010 : 13,3 %
Quant à l’intensité de la pauvreté, elle a progressé de près de 3 points depuis 2002 (16,3% contre 19% en 2010).
Après on peut toujours ergoter sur les limites du concept de pauvreté relative qui ne mesurerait en fait que des inégalités de niveaux de vie. Concrètement, cela ne change pas grand chose à la situation de ceux qui sont situés au bas de l’échelle …

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Fr. décembre 3, 2012 à 2h54

C’est un livre qui m’a marqué, notamment parce qu’un de mes anciens profs de lettres fut lui-même établi, et ça me fait plaisir que tu en parles dans les termes que tu as choisi. Si je devais recommander trois ethnographies, je dirais Zola, Linhart et Colette Pétonnet.

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