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Jean-Michel Berthelot : Itinéraires d’un philosophe en sociologie

par Pierre Mercklé le 9 octobre 2011 · 1 commentaire

dans Epistémologie,Histoire,Recherche,Sociologie

C’est un livre un peu inhabituel que viennent de faire paraître Jean-Christophe Marcel et Olivier Martin aux Presses universitaires de France : intitulé Jean-Michel Berthelot : Itinéraires d’un philosophe en sociologie, il rend hommage au sociologue français, décédé en 2006, en n’oubliant pas l’homme qu’il fut : les contributions qu’ils y ont rassemblées, issues d’un colloque organisé à la Sorbonne en 2008 (voir la photo ci-dessous), ont en effet pratiquement toutes pour trait commun de ne pas désincarner l’examen de l’oeuvre de Jean-Michel Berthelot (de la sociologie de l’éducation et du corps, à l’épistémologie des sciences sociales), mais au contraire d’essayer aussi de montrer, à l’oeuvre, le chercheur et l’enseignant, et situer et spécifier très concrètement l’influence qu’il a pu exercer.

C’est en tout cas ce que j’avais essayé de faire, dans une contribution intitulée « Pourquoi (re)lire les classiques ? Jean-Michel Berthelot et les Règles de la méthode sociologique » (disponible ici au format PDF) : sûrement de façon assez maladroite, mais en tout cas sincère, j’ai voulu y rendre hommage au rôle qu’ont joué dans ma formation intellectuelle certains travaux de Jean-Michel Berthelot, au premier rang desquels la remarquable préface dont il avait doté, en 1988, la réédition du livre d’Emile Durkheim dans la  collection « Champs » des éditions Flammarion. Ce long texte (une soixantaine de pages), intitulé « Les règles de la méthode sociologique ou l’instauration du raisonnement expérimental en sociologie », a probablement été le premier texte de sociologie que j’ai lu (avant même le livre qu’il préfaçait, du coup), et a durablement contribué à structurer mes apprentissages. En particulier, il m’a guidé, avec quelques autres travaux de J.-M. Berthelot (comme le « Que sais-je ? » consacré à La construction de la sociologie en 1991), tout au long de mon travail doctoral sur les réceptions de l’oeuvre de Charles Fourier et la construction des sciences sociales au XIXe siècle.

Ma contribution assez maladroite n’est probablement pas ce qu’il y a de plus intéressant dans le livre conçu par Jean-Christophe Marcel et Olivier Martin : dans tout le reste de l’ouvrage, se construit une vision passionnante de ce que peut être le parcours intellectuel et scientifique d’un sociologue, venu de la philosophie comme ce fut souvent le cas dans cette génération, pour ensuite s’adonner pendant plus de vingt ans aux joies de l’investigation empirique (Jean-Paul Laurence rappelle dans sa passionnante contribution que Berthelot citait, dans l’introduction du Piège scolaire, cette formule de Mao : « qui n’a pas fait d’enquête n’a pas droit à la parole »…), avant de « revenir » la théorie, à travers une épistémologie des sciences sociales qu’éclairent plusieurs contributions de l’ouvrage. L’entreprise peut vous sembler modeste, ou anecdotique, mais elle est tout le contraire en réalité : si ce livre peut vous donner le goût de lire ensuite les travaux de Jean-Michel Berthelot, et peut-être tout simplement le goût de la sociologie, telle qu’il l’a pratiquée et enseignée, son mérite ne sera pas mince !

Université de la Sorbonne, 20 juin 2008. De gauche à droite : Olivier Martin, Jean-Christophe Marcel, Georges Balandier, Patricia Vannier. Sur la photo projetée en arrière-plan, Jean-Michel Berthelot est le troisième en partant de la gauche.

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Pleu octobre 13, 2011 à 20h59

Je lis actuellement « l’empire du vrai » après avoir dévoré l’épistémologie des sciences sociales et sociologie, épistémologie d’une discipline.
Sa clarté et sa logique sont une bénédiction pour moi dans ces moment où je remet en question la scientificité des sciences sociales que j’aime tant.
Je suis content de voir qu’on lui rend hommage.

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