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Vous voulez découvrir la sociologie ? Voici quelques lectures !

par Pierre Mercklé le 13 octobre 2013 · 10 commentaires

dans Sociologie

Coup sur coup, à quelques jours à peine d’intervalle (ce doit être aussi un effet de la rentrée), deux collègues m’ont demandé quels conseils de lectures je prodiguerais à qui voudrait se familiariser avec la sociologie. Leurs demandes m’ont donné envie d’essayer de rassembler rapidement une petite sélection d’ouvrages qui pourraient servir d’introduction générale à la sociologie… Mais comment constituer cette sélection ? Comment satisfaire les attentes à la fois d’une apprentie statisticienne avec une formation de philosophie, et d’un chercheur en informatique ? Peut-être tout simplement en me laissant guider par le souvenir de quelques lectures marquantes, du plaisir que j’ai eu à découvrir moi-même la sociologie à travers elles, et du plaisir que j’ai encore aujourd’hui à continuer d’en explorer l’immense territoire au fil des publications. Voici cette sélection de 28 titres qui pourra peut-être en intéresser quelques autres…

On pourrait croire qu’il faut commencer la découverte d’un domaine par un manuel généraliste, qui en proposerait un panorama aussi synthétique que possible. Mais je n’en suis pas convaincu : je me rappelle avoir en avoir lu un juste après le bac, donc l’été précédent mes premiers cours de sociologie, et n’avoir guère été emballé, mais c’était sans doute, je m’en rends compte maintenant, un mauvais manuel. S’il ne fallait alors en citer qu’un seul, ce serait peut-être l’Invitation à la sociologie, de Peter Berger (1963) : découvrir la sociologie par cette invitation n’est probablement pas une mauvaise chose.

Mais ce n’est pas ainsi que je l’ai découverte. En revanche, dès les premières semaines de cours, et pendant les trois années qui ont suivi, j’ai dû vite me frotter à un tout petit nombre de grands livres qui figuraient à notre programme, et qui ont fait naître sinon une vocation, du moins une curiosité pour la sociologie qui n’a cessé de croître ensuite. On pourrait donc très bien en commencer la découverte par ces grands classiques : Les Règles de la méthode sociologique, d’Emile Durkheim (1895), dans une édition de poche où elles étaient précédées d’une extraordinaire préface de Jean-Michel Berthelot ; L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, de Max Weber (1904-1905) ; L’Essai sur le don, de Marcel Mauss (1923-194) ; et Outsiders, de Howard Becker (1963). Je n’ai pas choisi de découvrir la sociologie et les sciences sociales avec ces quatre textes, mais j’aurais pu difficilement mieux tomber, vous en conviendrez…

J’ai ensuite découvert le plaisir non seulement de lire de la sociologie, mais aussi et surtout de « faire » de la sociologie. Les lectures n’ont pas cessé alors, mais elles ont pris un tour beaucoup plus « empirique », et je crois qu’une bonne initiation à la sociologie ne peut que passer que par la confrontation aux « terrains » où elle se fait. Rien de mieux qu’un récit d’enquête pour comprendre intimement de quelles opérations la recherche y est constituée. Là encore, chacun-e a sûrement ses enquêtes « fétiches », mais de mon côté, celles-ci m’ont marqué : si vous ne craignez pas quelques graphiques et quelques chiffres, prenez donc le temps de vous perdre dans les méandres de Travailler pour être heureux ?, sous la direction de Christian Baudelot et Michel Gollac (2003) ; de La formation du couple, de Michel Bozon et François Héran (2006) ; ou encore de La Cigarette du pauvre, de Patrick Peretti-Watel (2012). Et du côté des approches qualitatives, le goût du « terrain » vous viendra peut-être avec un grand classique que je viens de redécouvrir pour préparer un cours, Le Hobo. Une sociologie des sans-abri, de Nels Anderson (1923) ; ou bien avec les Tableaux de famille, de Bernard Lahire (1995) ; ou encore avec des travaux plus récents, comme ces deux-là, que nous avons inclus dans notre sélection pour le prix lycéen du livre de sociologie et d’économie 2014 : Le travail pornographique, de Mathieu Trachman (2013), et Troubles en psychiatrie, d’Isabelle Coutant (2012) ; ou encore Les jeunes et l’amour dans les cités, d’Isabelle Clair (2008). Et pour un regard plus panoramique sur un certain nombre de grandes enquêtes qui ont jalonné l’histoire de la sociologie française depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a bien sûr Faire de la sociologie, de Philippe Masson (2008). Enfin cette partie de mes suggestions de lectures serait orpheline sans au moins un livre de la figure tutélaire qui projette son ombre sur presque tous ceux que je viens de citer. Aux prises moi-même depuis de longues années avec des questions portant sur les pratiques culturelles, je ne peux évidemment que vous inviter à vous frotter à La Distinction, de Pierre Bourdieu (1979), lecture que vous ne manquerez pas de compléter ensuite, pour aider à prendre un peu de distance critique, avec Le savant et le populaire, de Claude Grignon et Jean-Claude Passeron (1989).

Ce n’est peut-être qu’après quelques unes de ces lectures qu’il faudrait commencer à ouvrir des « manuels » de sociologie, et peut-être aussi en commençant par des guides « méthodologiques » : contrairement à ce qu’on pourrait croire, ceux-ci ne sont pas forcément réservés qu’à celles et ceux qui veulent « faire de la sociologie », même si évidemment leur lecture est hautement recommandable à toutes celles et ceux qui vont devoir le faire, par exemple en Master. Là encore, mes choix sont personnels… Il y a longtemps, j’avais beaucoup aimé l’Initiation à la pratique sociologique, de Rémi Lenoir, Louis Pinto, Patrick Champagne et Dominique Merllié (1989), mais je crois que la dernière édition date de 1996, alors il faudra sûrement aller l’emprunter à la bibliothèque. Pour un point de vue très synthétique, La méthode en sociologie, de Jean-Claude Combessie (1996), qui a été mon directeur de maîtrise ; L’enquête sociologique, dirigé par Serge Paugam (2010) ; et bien sûr Les ficelles du métier, de Howard Becker (1998), qui sera donc cité deux fois dans cette sélection… Pour les méthodes statistiques, je recommande souvent L’analyse des données quantitatives, d’Olivier Martin (2005). Et pour les méthodes qualitatives (l’entretien, l’observation), il y a un livre formidable, à coup sûr une lecture obligatoire à l’entrée en Master, c’est le Guide de l’enquête de terrain, de Stéphane Beaud et Florence Weber (1997).

Vous l’aurez donc compris, je ne suis pas forcément un immense fan des manuels d’introduction générale à la sociologie. En dressant cette liste, je découvre qu’il y a une Sociologie pour les nuls, de Jay Gabler, et Alexis Tremoulinas (2013), mais comme je ne l’ai jamais eu entre les mains, je ne sais pas ce que ça vaut. Mais si réellement vous pensez qu’il vous commencer par là, alors il y a tout de même quelques titres qui méritent peut-être votre attention : je pense aux 100 mots de la sociologie, dirigé par Serge Paugam (2010) (j’y ai commis les définitions de « analyse longitudinale », « corpus », « corrélation », « croyances », « réseau », et « tableau croisé »), ou bien à l’Histoire des pensées sociologiques, de Jean-Pierre Delas et Bruno Milly (1997). Et si vous voulez ensuite compléter votre connaissance de l’histoire de la sociologie, alors je ne peux que vous conseiller de vous plonger par exemple dans les ouvrages qui proposent un panorama de la sociologie américaine. J’avais, il y a longtemps, adoré Les sociologues américains et le siècle, de Nicolas Herpin (1973), mais il doit un peu dater maintenant. Pour des mises à jour, il faudra donc aller voir du côté de La sociologie américaine, du même Nicolas Herpin et de Nicolas Jonas (2011).

Voilà, 27 titres, le compte y est presque. Le dernier titre de cette sélection, ne le lisez peut-être que quand vous aurez déjà lu une bonne partie des autres. C’est que si vous y prenez goût, vous verrez qu’il ne s’agit pas seulement de lire et de faire de la sociologie, pas seulement non plus de savoir comment en faire, mais aussi de se demander ce qu’on fait quand on fait de la sociologie : qu’est-ce, au fond, qu’un phénomène social ? En quoi consiste la démarche scientifique du sociologue ? Qu’est-ce qu’une explication, en sociologie ? Que « dit » un tableau statistique ? Si vous avez du goût pour ces questions « épistémologiques », sachez que les réponses sont dans Le raisonnement sociologique, de Jean-Claude Passeron (1991)…

Voilà donc cette sélection très subjective, absolument pas exhaustive évidemment, de quelques livres par lesquels commencer à découvrir la sociologie. J’ai essayé de les présenter ici dans un ordre qui me semble cohérent, mais qui m’est probablement très personnel. A la réflexion, il vaut peut-être mieux dire : commencez par où vous voulez ! Du moment que vous commencez…

Du reste, je serais très curieux de savoir à mon tour par la lecture de quels ouvrages, vous qui venez de découvrir la sélection ci-dessus, vous conseilleriez de commencer une initiation à la sociologie ? N’hésitez pas à saturer les commentaires de ce billet avec vos propres sélections, je suis impatient de les découvrir !

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rogel octobre 13, 2013 à 18h00

Apparemment on ne peut pas mettre de PJ. Tant pis pour toi, ce sera en plein corps de texte. Ci dessous un texte qui devait être intégré dans un bouquin mais qui ne l’a pas été faute place; la sélection date de 1999; il y a donc des manques

Initiation aux sciences sociales.
La lecture régulière de quelques revues sera des plus utiles. Parmi celles ci on peut conseiller « Alternatives Economiques », « Sciences Humaines » (dont le champ est plus large que celui du présent livre; attention, les articles ne sont pas toujours faciles) et « L’ Histoire » (notamment pour les aspects économiques et sociaux, tant il est vrai que l’ on ne fait ni économie ni sociologie sans un solide apport historique). Enfin quelques articles de « La Recherche » relèvent des sciences sociales. Avec ces quatre revues, on peut se constituer une base de réflexion stimulante.
Trois ouvrages constituent un approfondissement du présent livre :
- Madeleine Grawitz :  » Méthodes des sciences sociales » (Dalloz). Ne soyez pas effrayé par l’ épaisseur de l’objet (environ 1000 pages) car il n’ est pas à lire d’un tenant mais plutôt à utiliser en fonction des besoins un peu comme un annuaire ou un dictionnaire.
- Jean-François DORTIER :  » Les sciences humaines – panorama des connaissances » ( Editions Sciences Humaines). Nettement plus accessible que le précédent il dresse un état des lieux de l’histoire et de la recherche actuelle de diverses disciplines.
- Janine Brémond, J.F. Couet, M.M. Salort : « Les pièges de l’ argumentation en économie et dans les autres sciences sociales » (Liris).

Initiation par discipline.
En psychologie sociale bien des ouvrages sont parus mais il s’ agit bien souvent d’ une optique « utilitaire » et peu ont les qualités pédagogiques de la « Psychologie sociale » de Jean Stoetzel (Champs-Flammarion), ancien mais toujours efficace.
Il existe peu d’ ouvrages d’ introduction au folklore. On peut conseiller « L’ethnologie de la France » ( Que Sais-je? – P.U.F.) de Segalen et Cuisenier ainsi que « Coutumes et croyances populaires en France » d’Arnold Van Gennep (1980- »Le chemin vert ») et feuilleter son magnifique, mais énorme, « Manuel de folklore français contemporain », réédité sous le titre « Le folklore français » (trois tomes chez R. Laffont – collection « Bouquins » – 1998 et 1999).
En ethnologie on peut utiliser l’ » Introduction à l’ ethnologie » de Jacques Lombard (Armand Colin).
En sociologie, le choix est très large. Le « dictionnaire de sociologie », sous la direction de Jean Etienne (Hatier), donnera les éléments de base indispensables. Parmi les ouvrages d’ initiation, on peut retenir :
- H. Mendras : « Eléments de sociologie  » (Armand Colin). Le classique des manuels d’ introduction à la sociologie. Clair et pédagogique.
- G. Ferréol et J.P. Noreck ( Cursus – Armand Colin) : « Introduction à la sociologie ». Présentation des grands auteurs et des courants essentiels, des méthodes et quelques chapitres sur l’ analyse de problèmes précis.
- P. Champagne : « La sociologie » (Les essentiels Milan) : le plus court des ouvrages présentés (62 pages). Une présentation rapide et claire des problèmes essentiels.

Des classiques.
Les auteurs classiques ne sont pas toujours faciles à lire seuls et il vaut, en général, mieux avoir l’aide du professeur de Sciences Économiques et Sociales pour les aborder. Parmi les ouvrages d’auteur classique qu’on peut aborder dans un premier temps, on peut retenir « Les règles de la méthode sociologique » (Durkheim-P.U.F. – Quadrige) ainsi que « Le suicide » (P.U.F.-Quadrige)-avec une utile actualisation par Baudelot et Establet, « Durkheim et le suicide » (P.U.F.- Philosophies-1984)- »Les luttes de classe en France » de Karl Marx (belle analyse des évènements de 1848), « Le savant et le politique » de Max Weber. Il est également possible de lire d’une traite ou de « butiner » « De la démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville, ce qui permettra d’apprécier ses qualités d’observateur. Enfin, l’introduction la moins difficile et la plus efficace à l’oeuvre de Georg Simmel est « La mode », un article qu’on peut retrouver dans l’ouvrage « Tragédie de la culture » (1988-Ed. Rivages). De même, « L’essai sur le don » de Marcel Mauss est un article qu’on peut retrouver dans l’ouvrage « Sociologie et anthropologie » (P.U.F.)

Tous ces auteurs sont cependant difficiles à lire. L’étudiant a alors plusieurs solutions à sa disposition. Il peut utiliser les recueils de textes qui lui donneront des extraits significatifs des ouvrages des différents auteurs; c’est une bonne solution pour se familiariser, dans un premier temps, avec ces auteurs. On peut conseiller « La sociologie » ( « Textes essentiels » – Larousse) sous la direction de Karl Van Meter. On peut aussi utiliser les ouvrages présentant et commentant les auteurs. Le classique est « Les étapes de la pensée sociologique » (Gallimard – 1967) de Raymond Aron. Pour une présentation plus simple des auteurs étudiés en vue du baccalauréat E.S., on peut utiliser « Les grands auteurs de la sociologie » (Hatier) de H. Mendras et J. Etienne ou  » Déchiffrer les grands auteurs de la sociologie et de l’ économie » de Denis Clerc (Syros).
Enfin, si on veut replacer la problématique des auteurs dans leur temps, on peut utiliser « La tradition sociologique » (P.U.F.-Quadrige) de Robert Nisbet ou « La construction de la sociologie » (Que Sais je – P.U.F.) de J.M. Berthelot.

Des « contemporains ».
Les « classiques » dont nous parlons peuvent aussi être des auteurs contemporains. En ethnologie, deux ouvrages courts et anciens restent indispensables par les questions qu’ils soulèvent (le racisme, l’ethnocentrisme,…); il s’agit de « cinq études d’ethnologie » de Michel Leiris et de « Race et histoire » de Claude Lévi-Strauss, tous les deux chez Gallimard. « Moeurs et sexualité en Océanie » ( Terre Humaine – 1963) de Margaret Mead est un classique qui, à travers l’ étude de quatre sociétés, montre que nos valeurs et nos normes qui semblent les plus ancrées ne sont pas universelles. Chaque société développe une valeur essentielle sur laquelle toute la société repose : la douceur chez l’ une, la violence chez l’ autre, le refoulement des passions,…
Erwing Goffman est l’auteur phare du courant interactionniste. Parmi tous ses ouvrages on pourra privilégier « Stigmates » (Ed. de Minuit – 1975) qui permet de comprendre combien les relations sociales les plus courantes sont en fait très fragiles, et compléter cet ouvrage par la lecture de « Vivre à corps perdu » de R. Murphy (Terre Humaine), un ouvrage essentiel. Jean Claude Kauffmann dans « La trame conjugale » (Nathan-1992) montre comment à partir des « petits riens » de la vie (ici, l’entretien du linge) on peut comprendre comment les couples s’installent fonctionnent et durent (ou ne durent pas).
Edgar Morin est un sociologue prolifique mais on pourra retenir ses analyses de la culture, l’essor de l’industrie culturelle des années 30 aux années 60 (« L’esprit du temps » -Grasset) et l’invention de « demi-dieux » contemporains (« Les stars » – Seuil). Pierre Bourdieu, le sociologue le plus connu, est rarement facile à lire mais on peut retenir « La misère du monde », composé d’entretiens (qu’on peut lire indépendamment les uns des autres) sur le « mal être » des individus dans les différents secteurs de la société. Raymond Boudon est également un sociologue majeur mais seul « La logique du social » (Hachette-1979) me semble accessible à un élève de lycée. Les sociologues se sont toujours demandés « comment les sociétés changent »; des travaux originaux se sont développés ces dernières années en essayant de déterminer les grandes caractéristiques du changement social en France et dans d’autres pays d’Europe et d’Amérique entre 1965 et nos jours. On peut les retrouver dans « La seconde révolution française » de Henri Mendras (Gallimard-1988) et les ouvrages du groupe Louis Dirn « Les archives de Louis Dirn » (trois tomes) (P.U.F. – coll. « Sociologies d’aujourd’hui »), seuls les tomes 1 (« La société française en tendances ») et 3 (« Tendances comparées des sociétés post-industrielles ») peuvent être accessibles au néophyte.
Enfin, pour bousculer les idées reçues on peut lire aisément « Le niveau monte » de Baudelot et Establet, montrant à l’aide des tests de l’armée et de diverses données scolaires qu’il n’est pas si sûr que « le niveau des élèves baisse ».

De lecture aisée.
Un livre de sciences sociales, et notamment de sociologie, n’ est pas forcément synonyme d’ ennui et de lecture difficile.
Une sociologie originale.
On trouvera des propos plein d’humour dans :
- T.N. Parkinson : « Les lois de Parkinson » (ancien titre : « Les règles d’ or de Parkinson ») ( Laffont – 1983) : écrit par un spécialiste de sciences politiques, ce n’est pas un ouvrage de sciences sociales au sens strict du terme car il s’ agit de « papiers » humoristiques écrits dans le journal « The Economist » dans les années 50. Mais, dans l’ esprit, il s’agit d’une belle introduction aux sciences sociales.
- Peter : « Le principe de Peter » ( Editions de l’ Homme – 1992).
L’auteur montre, à travers une démarche déductive typique, que les organisations modernes qui se veulent rationnelles n’aboutissent qu’à un seul résultat, que chacun travaille là où il est le moins compétent, ce qu’on appelle depuis, « le niveau d’incompétence ».
- Besnard et Desplanques : « La côte des prénoms » (Balland – 1997).
Il semble curieux de proposer la lecture d’ un ouvrage « utilitaire » destiné avant tout aux futurs parents. Ecrit par un sociologue et un démographe, il donne des indications précieuses sur l’ évolution des prénoms. Mais surtout, le phénomène, essentiel, de la mode (des prénoms) est présenté de manière simple et très claire. A ne pas négliger malgré son apparente simplicité.
- V. Chalmon-Deversay : « mille scénarios » (Métailié – 1994).
Et si la « crise de société » c’était aussi le monde tel qu’on l’imagine? A partir d’un concours de scénarios fait en vue de tourner un feuilleton télévisé, l’auteur dégage les grandes tendances et les grandes obsessions de nos contemporains sur la société actuelle.

Ethnologie :
- Daya Pawar : « Ma vie d’ intouchable » (1990-La Découverte).
L’ auteur, un intouchable devenu poète célèbre, raconte sa vie aux indes. Ce genre de témoignage est indispensable si on veut comprendre, un peu, le phénomène des castes qui est très loin d’ être simple.
- C. Turnbull : « Les iks » ( Terre Humaine – 1987).
Déjà présenté ( partie III), cet ouvrage fait la description apocalyptique d’ une société mourante.
- Caï Hua: « Une société sans père ni mari – Les Na de Chine. » ( P.U.F. – 1997).
Une société où le couple conjugal n’existe pas; le noyau de base est constitué du frère et de la soeur vivant dans la maison de la mère. Les hommes visitent les femmes la nuit et on peut dire que les femmes vivent sans mari et les enfants sans père; les uns comme les autres ne sont ni fidèles ni jaloux. La réalité décrite est encore beaucoup plus surprenante que ce qui est dit ici et bouscule un certain nombre d’idées admises jusqu’à présent en ethnologie.

Psychologie sociale.
- J.N. Kapferer : « Rumeurs. Le plus vieux media du monde » (Seuil – 1987).
Une présentation simple et attrayante du phénomène des rumeurs. Composée d’ un grand nombre d’ histoires, le livre tient de l’analyse psychosociologique, du roman (souvent d’ épouvante) ou du conte de fées.
- V. Campion-Vincent et J.B. Renard : « Légendes urbaines » (Payot – 1992).
Les légendes urbaines sont des rumeurs plus élaborées prenant la forme d’une histoire ou d’une anecdote, souvent fantastique. Quelques unes sont célèbres : l’ auto-stoppeur fantôme, le chat dans le four à micro-ondes, la baby-sitter droguée et assassin,… Les auteurs retracent la genèse et le parcours de certaines de ces « légendes ».
- J.P. Dupuy : « La panique » (« Les empêcheurs de penser en rond » – 1991).
Traditionnellement, et dans la lignée des travaux de Gustave Lebon, nous nous figurons la foule comme irrationnelle et dangereuse. L’auteur montre qu’elle est bien souvent généreuse et qu’une approche en termes d’acteurs rationnels peut être au moins aussi fructueuse que les approches reposant sur l’inconscient (Freud) ou l’ hypnose (Lebon).
- Beauvois et Joule : « Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » (Presses Universitaires de Grenoble – 1987).
D’après ces deux auteurs nous nous engageons tous les jours dans des entreprises ou des actions qui vont à l’encontre de nos intérêts ou de nos valeurs : nous acceptons de rendre des services qui nous pèsent; nous laissons des démarcheurs nous vendre des objets dont nous n’avons nul besoin ou nous nous engageons dans des actions que nous n’aurions pas soutenu à priori. les auteurs proposent deux explications de ces phénomènes, qu’ils nomment « La porte au nez » et « le pied dans la porte ».

Histoire.
- R. Girardet : « Mythes et mythologies politiques » (1986 – Seuil).
Il n’ y a pas que les sociétés traditionnelles ou « primitives » qui ont besoin de mythes; ceux ci sont fréquents dans les sociétés contemporaines, notamment dans le domaine politique. L’auteur analyse quatre mythes politiques essentiels : l’ homme providentiel, le complot, l’ âge d’ or, l’ unité.
- M. Winnock : « La fièvre hexagonale » (Calmann-Lévy – 1986).
L’ auteur présente les grands conflits sociaux qui ont marqué la France depuis la Commune, notamment l’ affaire Dreyfus, le 6 février 1934, le 10 Juillet 1940, le 13 Mai 58 et Mai 68. Il fait une analyse de chaque conflit et propose, en conclusion, une analyse générale qui montre que la frontière entre histoire, sociologie et politique est parfois bien mince.

Littérature et cinéma.
Comme, au début d’un apprentissage, l’ important n’ est pas tant de tout connaitre que d’ acquérir une certaine « tournure d’ esprit », de nombreux ouvrages de littérature générale peuvent eux aussi donner un « regard » propice aux sciences sociales. Nous avons déjà cité les classiques – Balzac, Zola,…- et des ouvrages contemporains comme « Les choses » de Perec. Ajoutons « Monsieur le professeur » de J.K. Galbraith (Belfond, économiste et conseiller de J.F. Kennedy), une bonne explication des phénomènes actuels de « bulle spéculative ».
La question centrale du sociologue étant « pourquoi les choses sont elles ce qu’ elles sont? » et celle de l’ auteur de science-fiction « pourquoi les choses ne sont elles pas autrement qu’ elles sont? », on se doute qu’ il doit y avoir des aspects communs à ces deux démarches en ce qu’ elles permettent toutes deux de développer une certaine forme de curiosité. On peut donc conseiller « 1984″ de Georges Orwell , « Le meilleur des mondes  » d’ Aldous Huxley et « Dune » de Frank Herbert. En dehors de ces valeurs consacrées, on peut également citer des auteurs traitant le problème de la « société virtuelle » (« cinq solutions pour en finir » de D. Douay-1978-Denoël), des sociétés refusant les livres (« Farenheit 451″ de Ray Bradbury-1955), valorisant les jeux les plus violents (« Arena », « Le prix du danger » de Robert Sheckley-1988) ou sous la coupe des publicitaires (« Planètes à gogo » de F. Pohl et C.M. Kornbluth-1952), tous édités chez Denoël.
On peut citer également quelques ouvrages de fiction :
- Roy Lewis : « Pourquoi j’ ai mangé mon père » ( Actes Sud – 1994).
Les aventures d ‘une tribu préhistorique partagée entre le père qui ne rêve que d’ évolution et l’oncle, suffisamment traditionaliste pour continuer à vivre dans les arbres. Comment la tribu a innové dans tous les domaines en découvrant le feu, la peinture et l’exogamie. Une bonne introduction, humoristique, à l’ anthropologie.
- Roy Lewis : « L’ histoire du dernier roi socialiste » (Actes Sud – 1993).
Que serait la Grande-Bretagne actuelle si, au siècle dernier, on avait décidé d’y établir une société fondée sur le socialisme autogestionnaire (Robert Owen, en son temps, l’avait proposé au roi; l’ auteur s’ est il inspiré de cette anecdote?). Un ouvrage qui est à l’ intersection du roman d’ anticipation , de l’ Histoire et de l’ analyse sociologique et politique.
- J.P. Toussaint : « Monsieur », « La salle de bains », « l’ appareil-photo » (tous édités aux éditions de minuit). Les ouvrages, surprenants, de Jean-Philippe Toussaint jouent en général sur l’ équivoque, les difficultés qu’ il y a à entrer en contact avec autrui, à comprendre les conventions nécessaires pour se comporter « comme il faut ». En celà, c’est une bonne introduction à la compréhension de l’importance de l’interaction dans les relations humaines.
- Le héros des romans de Tony Hillerman est un policier navajo chargé d’élucider des crimes dans une réserve indienne. La description ethnologique est mêlée à l’intrigue policière et inaugure un style nouveau, le « polar ethnologique » (« Là où dansent les morts », « La femme qui écoute »,… aux éditions Rivages).

Les films sont aussi des outils nécessaires à la compréhension du monde. On ne peut bien sûr indiquer que quelques exemples. Les descriptions de la classe ouvrière anglaise par Ken Loach pourraient faire partie du bagage minimum d ‘un élève de « sciences économiques et sociales ». On peut citer « Kes », « Ladybird » et « Raining stones ».
« L’ enfant sauvage » de François Truffaut est maintenant un classique et permet d’ aborder les problèmes de socialisation et des rapports entre « nature » et « culture ».
« Freaks » de Todd Browning doit être retenu à deux titres. En premier lieu, c’est probablement un des plus beaux films qui ait jamais été fait. C’est ensuite une réflexion sur « l’anormalité » et la stigmatisation. Essentiel!
« Un homme dans la foule » d ‘Elia Kazan constitue une charge contre les mass medias, et la télévision en particulier. Tourné à la fin des années 50, il décrit ce qu’ on verra arriver en force chez nous dans les années 80 : le culte de l’ argent, de l’ audience pour l’ audience, le présentateur de télévision transformé en « star » ou en demi-dieu.

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Rhizome octobre 13, 2013 à 18h06

Le premier que j’ai lu : La dynamique de l’occident de Norbert Elias.
Mon préféré : Métamorphoses de la question sociale de Robert Castel.
Les travaux fragmentaires de Bourdieu sont relativement accessibles et je conseille Questions de sociologie ou Langage et pouvoir symbolique.
Après… les bouquins rigolos de Kaufmann… Mais bon, sur le plan épistémo, je suis pas très fan…

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Pascal Binet octobre 13, 2013 à 19h35

Bonsoir du soir…
d’abord, je confirme, « la cigarette du pauvre », qui est en plus un support génial pour appréhender postures épistémologique et méthodologique.
Ensuite, Durkheim encore, « L’évolution pédagogique en France » très utile pour les profs, et pour ne pas oublier l’histoire… et « faire ses courses » de Martyne Perrot, pour ne pas oublier le quotidien.
Après, mais quelques temps après pour en saisir la substantifique moëlle, obligatoire, « La construction sociale de la réalité », Berger et Lückman.
Et au plaisir !

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Pierre Mercklé octobre 17, 2013 à 11h14

Je suis bien content de découvrir que je ne suis pas complètement tout seul sur cette terre à trouver formidable le livre de Peretti-Watel !

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grattepoil octobre 13, 2013 à 20h29

Pour initier à la pensée de Bourdieu, j’ai longtemps conseillé Questions de sociologie. Mais maintenant je crois que Le sociologue et l’historien, entretien avec R. Chartier, est une bonne manière de commencer à se frotter à Bourdieu et plus généralement à la sociologie. Dans ce dialogue face à un historien, Bourdieu est forcé d’énoncer son rapport à la sociologie, et la spécificité de son approche.

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Roxane octobre 14, 2013 à 10h52

Billet très intéressant, riche en références !

J’ai commencé à lire de la sociologie en 2006. Venant d’emménager dans un quartier très défavorisé, enclavé, j’ai ressenti le besoin de comprendre ce milieu, dans lequel j’étais désormais plongée et dont les codes m’échappaient.

En gros ça a donné un cheminement tel que :

La misère du monde de Bourdieu et son équipe
La criminalisation de la misère de Loic Wacquant
Violences et insécurités de Laurent Muchhielli
(Puis, dans la foulée, l’intégralité des ouvrages auxquels il a participé)
Construction de l’identité masculine en milieu précaire de P. Jamoulle
Le ghetto français d’Eric Maurin
Parias urbains de L. Wacquant
Le monde privé des ouvriers de O. Schwartz
La galère de F. Dubet
Jeunes dangereux, jeunes en danger de T. Sauvadet

Une fois le milieu bien appréhendé grâce à la socio, il m’a été non seulement beaucoup plus facile d’y résider au quotidien. Je n’ai jamais depuis cessé de lire des ouvrages sociologiques. J’ai même repris mes études en cours du soir et j’entre en Master de socio (option recherche) dans quelques jours. Mon projet de mémoire ? L’accès à l’emploi des femmes portant le hijab en France. J’ai hâte.

Je pense en tous cas qu’il peut être intéressant de choisir comme « porte d’entrée » dans les lectures sociologiques un thème qui nous interroge ou un milieu qui nous est proche. Une fois qu’on est tombé dedans, difficile de s’en extraire !

Merci encore pour le billet :)

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Gérôme T. octobre 17, 2013 à 11h09

D’accord à 99,99 % avec cette liste ! Si je ne devais en citer qu’un seul, je crois que ce serait pour moi aussi « Invitation à la sociologie » de P. Berger, qui a toujours beaucoup de succès avec les étudiants de L1.
J’ajouterai juste « Sociological Insight. An Introduction to Non-Obvious Sociology » de Randall Collins : excellent petit livre, qui complète très bien celui de P. Berger. Je me désole qu’il ne soit toujours pas traduit en français et espère qu’il le sera un jour…
Et pour une introduction à Bourdieu, et la lecture d’une première étude sociologique, je recommande souvent « Le bal des célibataires ».

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Nemar octobre 19, 2013 à 19h32

Bonjour

J’essaie d’inclure une partie abordant la sociologie dans mon site dédié aux étudiants, et je pense que votre site est un bon exemple de ce que devrais faire. Maintenant pour votre article, je pense que si on arrive à lire tous les livres présentés qu’on est plus au stade l’initiation mais plutôt vers une connaissance détaillée du domaine.
Merci pour cette liste assez exhaustive de référence…. Vous nous facilitez énormément le travail.

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Potin Christian janvier 4, 2014 à 13h22

Il y aurait bien sur quelques autres « ouvrages de découverte à recommander », selon chacun son parcours « initiatique » et ses confrontations « de terrain » comme dit fort justement Pierre Mercklé. Il faut lire aussi les riches commentaires à ce billet. Sans vouloir m’étendre dans de tels commentaires, je voudrais juste citer comme premières lectures « déclenchantes » d’autodidacte :A/ « Clefs pour la sociologie » de Georges Lapassade et René Lourau – Seghers 1974 – B/ « Introduction à la sociologie générale » par Guy Rocher, Point Seuil 3 volumes, 1968- 1-L’action sociale – 2-L’organisation sociale- 3- Le changement social. C/ Les nombreux articles de sociologie rurale marocaine du regretté Paul Pascon, notamment dans le Bulletin Economique et Social du Maroc …

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pedro juillet 15, 2014 à 15h45

Hello. Je rentre en 2ème année de sociologie en évitant la 1ère. Après une premiere lecture de votre article, je me suis jeté sur Emile Durkheim : les règles de la méthode sociologique. Cependant, j’ai préféré continuer ma lecture en lisant Bourdieu « la domination masculine ». Certains chapitres sont complexes et m’obligeront à une relecture pour les comprendre. Je pense qu’une lecture des premiers travaux me permettra de mieux comprendre. La sociologie englobe des domaines forts intéressants mais il faut, hélas, se spécialiserau bout d’un certain niveau (Master).
Je vous remercie beaucoup pour vos conseils de lecture, c’est fort intéressant.

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