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Le chien tunisien et le chien algérien

par Pierre Mercklé le 10 janvier 2011 · 5 commentaires

dans Politique

C’est une blague que m’avait racontée, à Oran, un collègue tunisien…

Un chien tunisien et un chien algérien se croisent à la frontière entre leurs deux pays…
- Mais pourquoi diable veux-tu donc venir en Tunisie, demande le chien tunisien au chien algérien ?
- Je vais manger ! Mais toi, je ne comprends pas, que vas-tu faire en Algérie, rétorque le chien algérien au chien tunisien ?
- Je vais aboyer !

C’était il y a quatre ans… Aujourd’hui, il semble qu’en plus de ne pas pouvoir aboyer en Tunisie, on a aussi de plus en plus de mal à y manger. Et il semble aussi qu’en Algérie, il est devenu un peu plus difficile qu’avant d’aboyer à sa guise. L’Algérie et la Tunisie… Ces deux pays occupent une place très particulière dans mon cœur : je suis né dans le premier, une bonne partie de mon histoire familiale, celle de mes parents et de mes grands-parents, s’y enracine ; et le second compte beaucoup pour des gens qui m’ont été très proches, j’y suis allé souvent. Ce qui se passe en Algérie et en Tunisie, c’est tout sauf une surprise pour celles et ceux qui connaissent ces pays, y sont allés au cours des dernières années et y ont des amis ; mais c’est une grande inquiétude, et une grande incertitude. Les deux pays cumulent désormais, probablement très équitablement, à la fois la misère, le creusement des inégalités entre le peuple et une élite dirigeante corrompue, et l’absence de démocratie. Ajoutez à cela les frustrations d’une jeunesse de plus en plus scolarisée et diplômée… Et vous obtenez les éruptions actuelles. Sur quoi vont-elles déboucher ? C’est presque impossible à prévoir, mais il est difficile d’être optimiste. En Algérie, des événements similaires, en 1988, avaient les conséquences tragiques que l’on sait. Et aujourd’hui ? Et demain ? Rien ne changera vraiment, tant que nous, ici, de notre côté de la Méditerranée, nous continuerons d’avoir intérêt à ce que le pouvoir reste, là-bas, entre ces mains-là, qui nous garantissent la fourniture de ressources naturelles, de produits agricoles et manufacturés, d’une main d’œuvre bon marché pour nos filiales délocalisées, un sérieux coup de main dans la lutte contre l’immigration et, très explicitement, une répression brutale des fondamentalismes domestique. Nicolas Sarkozy justifiait ainsi, il y a deux ans, les relations entretenues avec Ben Ali : « Qui peut croire que si, demain, après demain, un régime du type taliban s’installait dans un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’elles sont en sécurité ? » Tout est dit, ou presque…

Sarkozy et Ben Ali

Alors, il est sûrement plus difficile d’en rire ces jours-ci… Mais à défaut d’une révolution, une bonne nokta (blague) reste là-bas un sacré acte de résistance. En particulier en Tunisie… En voici donc encore une pour finir ce billet sur une note plus légère :

Kadhafi, Bouteflika et Ben Ali, en visite au Cameroun pour le sommet des Etats africains, se voient remettre chacun un singe en cadeau par le président camerounais, comme le veut la tradition de ce pays. Très embarrassés à l’idée de rentrer dans leur pays respectif avec cet encombrant présent, ils décident de se rendre tous les trois au marché pour essayer de revendre les singes. Kadhafi revient au bout de dix minutes avec un grand sourire et une bonne liasse de billets dans les mains, il a vendu son singe un bon prix. Bouteflika le rejoint dix minutes plus tard, lui aussi avec un bon sourire et quelques billets. Mais Ben Ali ne réapparaît pas, et Kadhafi et Bouteflika sont de plus en plus inquiets… Finalement, une longue heure plus tard, ils voient arriver, tout déconfit… le singe de Ben Ali, avec une pauvre pièce de monnaie dans la main : il n’a pas réussi à tirer plus du président tunisien !

Et vous, vous connaissez des bonnes blagues tunisiennes ou algériennes ?

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{ 5 commentaires… lisez-les ci-dessous ou ajoutez un commentaire }

Abir janvier 20, 2011 à 15h24

Trop longtemps contrainte, la parole publique politique a explosé ces derniers jours en Tunisie, et ne se réduit plus aux noukats (blagues) abondemment narrées en privé. En dépit du soutien sans faille apporté donc par le gouvernement français à Ben Ali, les Tunisien-ne-s viennent de faire tomber le dictateur, et continuent à manifester, par milliers, pour réclamer la dissolution des institutions de la dictature. La situation est certes grosse d’incertitudes: on ne connaît rien sur les rapports de forces politiques, sur le rôle que tiendra l’armée dans les mois qui viennent, bien qu’elle soit, en Tunisie, surnommée  »la grande muette », maintenue à l’écart de la vie politique; On ne sait rien non plus sur les tentatives éventuelles des dirigeant-e-s arabes de déstabiliser le processus de  »transition démocratique »; sur le rôle que décideront de jouer la France, et surtout, plus déterminant, les USA. Mais peut-être sommes-nous à un tournant historique majeur (au sens du passage à un champ politique concurrentiel)
Abir

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p.m janvier 31, 2011 à 10h11
Pierre Mercklé janvier 31, 2011 à 14h54

Les Egyptiens aussi aiment bien rigoler : http://www.slate.fr/portfolio/33253

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Afifa Zenati février 6, 2011 à 19h25

Une petite blague algérienne :

Après les événements de Tunisie, Bouteflika consulte une voyante . Celle-ci, très concentrée ferme les yeux et lui dit :

- Je vous vois passer dans une grande avenue, dans une voiture, le toit ouvert, le peuple est en liesse

Bouteflika sourit et lui demande :

- Alors la foule est heureuse ?

- Oui comme jamais.

- Et les personnes courent après la voiture ?

- Oui, comme des fous. la police a du mal à se frayer un chemin.

- Les gens portent des drapeaux ?

- Oui, des drapeaux et des bannières avec des mots d’espoir et d’un avenir meilleur.

- Vraiment ? et les gens crient, chantent ?

- Oui les gens crient des phrases d’espoir : « Oh! Maintenant, tout ira mieux ! » -

Et moi, comment je réagis à tout cela ?

- Je n’arrive pas à le voir.

- Pourquoi ?

- Le cercueil est fermé et plombé.

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Afifa Zenati février 6, 2011 à 19h37

Entendue ce jour dimanche 6 février au Caire :

« Après « la journée du départ » et « la journée des martyrs », les manifestants disent que Moubarak ne partira que le jour du Jugement dernier. »

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