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Commentaires sur « La continuité pédagogique, vraiment ? »

par Pierre Mercklé le 23 avril 2020 · aucun commentaire

dans Education,Enquêtes,Exclusion,Inégalités

Dans le billet précédent, j’avais partagé les résultats d’une enquête que j’avais réalisée la première semaine du confinement au département de sociologie de Grenoble, pour essayer de déterminer la capacité de nos étudiant.es à suivre des cours à distance. J’avais essayé également, dans ce billet, d’en tirer quelques analyses, lesquelles ont suscité un certain nombre de commentaires. Malheureusement, pour une raison que j’ignore et que je ne suis pas encore arrivé à régler, ces commentaires refusent obstinément d’apparaître à la suite du billet. En attendant de régler le problème, je vous livre donc ces commentaires en les reproduisant ci-dessous dans ce nouveau billet.

J’en profite, juste avant, pour signaler que cette question de la continuité pédagogique a suscité plusieurs enquêtes relativement similaires à la mienne, et donc les conclusions me semblent également assez similaires, avec des variations dues bien sûr aux caractéristiques sociales différentes des étudiant.es, et à la date à laquelle elles ont été réalisées. Certaines de ces enquêtes sont mentionnées dans les commentaires reproduits ci-dessous. Et vous pourrez en découvrir quelques autres en lignes :

  • Conditions de confinement des étudiants de licence de sociologie de l’Université de Nanterre, synthèse réalisée par Fanny Bugeja-Bloch, avec l’aide d’Alexandra Oeser et Leïla Frouillou et grâce au questionnaire de Marie-Paule Couto et Paul Hobeïka, http://www2.univ-paris8.fr/sociologie/wp-content/uploads/2010/09/Conditions-confinement-e%CC%81tudiants-P10-VF.pdf.
  • Analyse des conditions de travail des étudiant.es dans le cadre duconfinement. Questionnaire auprès des étudiant.es de L1 et L2 LSO à l’Université Paris-Dauphine, par Yann Goltrant (doctorant à l’IRISSO), Laurine Chassagne (doctorante à l’IRISSO), Adrien Thibault (ATER à l’IRISSO) et Valentin Thomas (ATER à l’IRISSO), 3 avril 2020, https://sharedocs.huma-num.fr/wl/?id=DJDWRXIKxtes2UelIoj5QKJoyrOg26rI&path=conditions_de_travail_dans_le_cadre_du_confinement_dauphine_l1_l2_lso.pdf&mode=grid.
  • Confinement : enquête sur les conditions de vie et d’études, Université de Rennes-2, 3 avril 2020, https://www.univ-rennes2.fr/article/confinement-enquete-sur-conditions-vie-detudes
  • Enquête sur les conditions d’étude en période de confinement auprès d’étudiant∙es de sociologie de l’Université de Lorraine (Nancy), synthèse réalisée par Simon Paye et Elsa Martin, publiée le 20/04/2020, https://academia.hypotheses.org/22705.
  • Enquête sur les conditions actuelles d’étude à distance auprès d’étudiants d’Aix-Marseille Université, synthèse réalisée par Corine Eyraud (Département de Sociologie), passation des questionnaires réalisée par Caroline Renard (Arts du spectacle et Cinéma), Pascal Romeas et Sylvie Wharton (Sciences du langage), Corine Eyraud, Alice Pavie et Patrick Perez (Sociologie), Estrella Massip i Graupera (Espagnol), Hervé Rostaing (Administration publique), Julien Lefèvre (Math/Informatique/physique) et Clothilde Melot (Sciences de l’ingénieur), 14 avril 2020, https://academia.hypotheses.org/22530.

Bonnes lectures !

Pierre Mercklé

 

Corine Eyraud, le 27/03/2020 à 9h08

Bonjour, et grand merci pour ceci. Nous sommes plusieurs sur l’Université d’Aix-Marseille qui pensions à effectuer ce genre de questionnaire; pourriez-vous le mettre directement à disposition afin que nous soyons nombreux à faire passer le même dans les mêmes conditions?

Pierre Mercklé, le 27/03/2020 à 9h21

Bonjour Corine,

Oui bien sûr, voici la formulation du (très court) questionnaire que nous avons fait passer :

  1. Disposez-vous des moyens (téléphone, tablette ou ordinateur) vous permettant correctement de consulter votre messagerie électronique universitaire et Moodle ?
  2. Disposez-vous des moyens (ordinateur, logiciels de bureautique et logiciels utilisés dans les enseignements, connexion à Internet…) vous permettant correctement de suivre des cours sur Moodle ou d’autres supports en vidéo ou en audio, et d’effectuer votre travail universitaire à distance (lire, écrire et envoyer ou déposer sur Moodle des documents) ?
  3. Estimez-vous que vous vous trouvez dans des conditions matérielles, intellectuelles, économiques et sociales qui vous permettent correctement de suivre des cours et d’effectuer votre travail universitaire à distance ?
  4. Avez-vous des remarques complémentaires ou des demandes particulières à formuler, en ce qui concerne l’organisation des cours à distance ? N’hésitez pas à utiliser le champ ci-dessous pour nous écrire tout ce que vous voulez à ce sujet !

N’hésitez pas à partager les résultats de vos propres enquêtes…

Guillaume, le 27/03/2020 à 9h34

Merci pour ces éléments, qui confirment et objectivent (un peu !) ce que je ressens depuis le début du confinement. Les étudiant.e.s « qui peuvent » et demandent du contenu pédagogique doivent être considéré.e.s, mais nous devons, collectivement, continuez à recueillir les preuves manifestes et évidentes que nous ne faisons pas (ou plus) notre métier durant cette période, que le « tout numérique » creuse des inégalités déjà énormes en période normale. Les discussions, qui s’annoncent âpres, sur les examens et l’évolution des formats d’enseignement se préparent et s’anticipent, grâce à des démarches que celle-ci. Merci et bravo.

Anne Pellois, le 27/03/2020 à 10h48

Merci pour cette enquête qui formalise ce que nous pouvons percevoir des problèmes posés par cette « continuité pédagogique », problématique à plus d’un titre !

Anne Le Roy, le 27/03/2020 à 11h27

Merci de partager les résultats de votre enquête : ils permettent d’objectiver ce que je ressens, et pense, en tant universitaire !

On nous demande de mettre en place un système d’enseignement à distance, sans l’avoir ‘pensé’, dans l’urgence… je m’arrête là, pour aujourd’hui !

Claude Lafabregue, le 27/03/2020 à 17h42

Bonjour, une comparaison est disponible sur Twitter : https://twitter.com/UfrCaen/status/1243571994832056323.

Benjamin Girodet, le 28/03/2020 à 21h04

Bonsoir, félicitation pour votre enquête ! J’enseigne les sciences sociales dans les I.F.S.I. de la région stéphanoise. L’année dernière j’ai mené à peu près le même genre de travail (avec une grosse collecte empirique) sur l’imposition par les tutelles des Instituts de Formation en Soins Infirmiers de la dématérialisation de l’enseignement. J’aimerais approfondir ces questions. Si vous avez le temps et l’envie, n’hésitez pas à me contacter, j’échangerai avec plaisir ! Courage pour traverser cet étrange moment.

Denis Giraux, le 29/03/2020 à 14h05

Bravo cher collègue pour ce travail de fond dont les résultats corroborent en tous points mes propres observations sur l’impréparation et la précipitation à tenter de faire semblant de répondre à ce besoin de continuité de l’enseignement. J’ai 64 ans (ça craint), suis le plus vieux membre du CA de la fac et reste malgré sans aucune réactivité des prétendus responsables de cette vielle maison; j’ai tenté et réussi en partie à enregistrer certains de mes cours avec le système médiocre proposé mais parfois après une heure de ce fastidieux travail (alors qu’en présentiel je n’ai aucun problème) épuisant l’enregistrement n’a pas fonctionné et je ne suis pas le seul dans ce cas de figure. Juridiquement il serait impossible de donner à un examen (qui aurait lieu quand ,) des sujets portant sur ce qui a été vu en ligne, c’est une rupture d’égalité devant l’accès au service public et très nombreux sont ceux qui n’y ont pas accès et pourraient faire des recours recevables, et donc nous moulinons dans le vide, c’est du Donquichottisme universitaire pour nous donner bonne conscience sans aucune réflexion de fond ni surtout perspective de : et quoi demain car après nous être épuisé assez inutilement, personnel informatique mobilisé 7 jours sur 7 ce qui est scandaleux et illégal, quand et comment va-t’on redémarrer ?

Maude Vadot, le 30/03/2020 à 11h53

Merci beaucoup pour cette enquête et la présentation claire des résultats. Ce matériel est très utile dans la période actuelle ! Je voudrais réagir mais je n’arrive pas à visualiser les commentaires qui ont été postés avant le mien : j’espère donc ne pas répéter des choses déjà écrites.

Je travaille à l’USMB (MCF sciences du langage) et des étudiantes ont mis en place un questionnaire adressé à l’ensemble de la population étudiante, qui a recueilli presque 800 réponses ; elles sont en train de traiter les résultats et nous allons essayer de les partager rapidement.
J’ai une question d’ordre méthodologique concernant votre enquête, et une remarque sur les mesures que vous préconisez.

1) Je commence par la question. Vous écrivez : « Le choix de mesurer la capacité des étudiant.es à suivre des cours à distance à partir d’un sondage sur Moodle était délibéré : cela devait permettre déjà tout simplement de déterminer la proportion des étudiant.es qui recevraient le message les invitant à répondre à ce sondage, par un canal ou un autre, et qui arriveraient à y répondre dans Moodle. La non-participation au sondage pourrait de ce fait être tenue comme un indice d’une très grande difficulté à utiliser même les outils les plus simples à notre disposition pour faire cours à distance, et qui sont aussi ceux que notre établissement nous recommande très fortement d’utiliser. »
Je m’interroge sur cette affirmation. Le taux de non-réponse ne pourrait-il pas signifier également que les étudiant.e.s ne voient pas l’intérêt de répondre – et ce pour tout un tas de raisons (plus important à faire dans la période, contrats augmentés à 40h par semaine dans la grande distribution, sentiment que l’enquête n’aura aucun effet concret sur les modalités de continuité pédagogique etc) ?

2) La remarque ensuite. Dans les conclusions de votre enquête, vous écrivez qu’il faudrait valider le second semestre pour l’ensemble des étudiant.es ayant validé des UE de premier semestre, de façon à permettre à ces étudiant.es de poursuivre normalement leurs études sans “perdre” un semestre ou un an. ». Il me semble que cette mesure, toute « radicale » qu’elle puisse paraitre à de nombreux collègues, est malheureusement en-deçà des enjeux, parce qu’elle ne laisse pas aux étudiant.e.s qui n’ont pas eu la moyenne au premier semestre la possibilité de compenser leur premier semestre. Il me semble donc que le principe des notes planchers améliorable est plus intéressant pour ces étudiant.e.s – du moins évidemment pour celles et ceux qui pourront rendre un devoir.

Denis Laforgue, le 30/03/2020 à 12h16

Bonjour, Merci pour ces informations. Du côté de Chambéry, un sondage par mail et SMS auprès des L1 sociologie (inscrits pédagogiquement) a eu un bon taux de retour (85%… surtout grâce aux sms).
Pour aller à l’essentiel, 1/3 des étudiants (interrogés) ont des problèmes techniques importants pour accéder à la formation à distance : pas / peu d’accès à leurs mails, aux docs et cours en ligne, à Moodle, mais aussi pas / ou problèmes d’ordinateurs (trop vieux, à partager avec les autres membres de la famille, etc).
Je souligne que je ne les ai interrogés que par rapport à d’éventuels problèmes techniques. Mais des échanges individuels par mail avec des étudiants montrent qu’il y a bien d’autres sources de problème.
Pour moi,ces résultats plaident pour que (a minima) :
-1° nous n’organisions pas d’évaluations en contrôle continu (en ligne) durant la période de confinement et de fermeture de l’Université,
– 2°au niveau des contrôles terminaux, nous n’interrogions pas les étudiants sur les contenus que nous leur demandons de travailler pendant cette période de confinement et de fermeture de l’Université.

BERTUCAT, le 31/03/2020 à 11h24

Le masculin est utilisé ici dans un but de facilitation de la lecture.

Monsieur,
Je ne suis pas statisticien mais issu des sciences de l’éducation et il me semble que vous pointez justement quelques points de vigilance comme l’hétérogénéité des outils utilisés ou la nécessité de maintenir une forme de lien avec les étudiants. Ces deux points sont soulignés dans la littérature.
En revanche, votre interprétation de l’absence de réponse des étudiants des promotions où vous n’enseignez pas semble ne pas tenir compte du fait qu’habituellement les étudiants sont d’abord sensibles aux injonctions qui les concernent directement. Ils répondent plus facilement aux demandes de leurs enseignants qu’à celles de personnes dont le lien avec eux est plus lâche.
Ainsi le premier point de votre conclusion (« seulement une très faible minorité des étudiants de Sociologie de l’UGA… ») me paraît-il nécessiter de nouvelles enquêtes avant de servir de socle à des propositions même bien intentionnées.
Je salue votre travail et vous prie d’accepter l’assurance de mes salutations cordiales.

Brandl, le 31/03/2020 à 15h05

Bonjour, Je me permets de signaler un rapport que je publie car cette note y fait écho. Le rapport ne porte pas directement sur la question de la « continuité pédagogique », mais sur le rapport des enseignants-chercheurs (et des bibliothécaires) à la documentation pédagogique numérique. La phase 1 du rapport est consultable sur https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/68731-impact-d-un-projet-d-innovation-pedagogique-numerique-sur-les-collaborations-entre-equipes-pedagogiques-et-services-de-la-documentation-a-l-universite.pdf. Le rapport final sera publié la semaine prochaine sur le site de l’Enssib.

Philippe CHANIAL, le 01/04/2020 à 20h19

Grand merci, cher Pierre, de ce travail très utile ! On se bagarre à Caen contre la conception bobo-geeko-centrée des étudiants de socio de nos instances centrales et de leur croyance juvénile au miracle numérique qui va sauver l’université ! Amitiés, Philippe

A.B.C., le 08/04/2020 à 11h42

Bonjour,

Merci, votre démarche est intéressante et louable, mais en tant qu’enseignant en langues dans une université de province je suis assez réservé quant à vos conclusions, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il me semble que le plus grand problème avec votre analyse vient du fait que vous n’avez laissé le sondage ouvert que du jeudi 19 (vous ne précisez pas l’heure) au samedi 21 mars à midi. C’est tellement court que c’est tout simplement incompréhensible, surtout si l’on est critique de la « disponibilité permanente » exigée des étudiants. Vous avez fait ce sondage dans une période de chamboulement complet, alors que les étudiants étaient en train d’essayer de s’organiser dans l’urgence. Par exemple, je sais que beaucoup étaient en plein questionnement par rapport au fait de quitter leurs logements et de rentrer sur d’autres villes/régions (dans mon université le CROUS a d’ailleurs fortement incité les étudiants à partir). D’autre part, les étudiants ont certainement aussi cherché à se revoir une dernière fois, et beaucoup se sont sans doute inquiétés pour leurs économies et/ou leurs emplois. Je ne suis donc pas étonné qu’un « sondage » ait été le cadet de leurs soucis, surtout s’il ne s’agissait pas d’une évaluation ou d’une partie intégrante d’un cours. Même moi il m’arrive de ne pas ouvrir certains emails pendant plus de 3 jours, alors un étudiant déboussolé dans une période de chamboulement complet, je n’imagine même pas.

Il est également possible que vous ayez eu une proportion particulièrement grande d’étudiants ayant anticipé leurs problèmes de connexion ultérieures : ceux-là avaient tout intérêt à bien vérifier tous leurs emails le plus vite possible avant de se retrouver coupés de tout. Je sais que dans mon cas, ça a été le cas : la grande majorité des emails d’étudiants me prévenant qu’ils n’auraient pas d’accès à internet et/ou à un ordinateur sont arrivés dans les jours suivant les annonces de fermeture et de confinement (c’est logique).

Enfin, je vous fais part de statistiques concernant un cours de première année de Licence que j’enseigne : sur les 198 étudiants qui se sont connectés au moins une fois à la page Moodle de mon cours ce semestre (sur laquelle j’avais mis des ressources chaque semaine au cours du semestre), 165 ont été en mesure de m’envoyer, la semaine dernière, un enregistrement vocal ainsi qu’une rédaction. Je trouve que c’est un taux plutôt satisfaisant et encourageant. J’ai essayé de penser aux étudiants qui ne sont équipés que d’un smartphone : je leur ai donné la possibilité d’utiliser l’enregistreur vocal de leur téléphone et d’écrire sur du papier puis de photographier leur travail. Mais d’après ce que je constate, une seule personne a eu recours à l’une de ces alternatives et les autres ont pu faire leurs travaux sur Moodle. 165 sur 198 ce n’est bien sûr pas suffisant, et il faudra prévoir quelque chose pour la trentaine qui n’a pu poursuivre ses études comme prévu, mais je suis assez satisfait de ces données.

Quoi qu’il en soit, merci d’avoir soulevé ces questions. Je vous souhaite une bonne continuation et un confinement le moins désagréable possible.

Adrien Thibault, le 06/04/2020 à 11h12

Bonjour, Merci pour la mise en ligne de ces résultats, qui permettent de nourrir le nécessaire débat sur la « continuité pédagogique ». Nous avons lancé une enquête similaire auprès des étudiant·es de L1 et L2 de Dauphine (Licence Sciences des organisations), dont les résultats, basés sur les réponses de 656 étudiant·es à un bref questionnaire, pourront peut-être vous intéresser. Ils sont consultables en suivant ce lien :
https://sharedocs.huma-num.fr/wl/?id=DJDWRXIKxtes2UelIoj5QKJoyrOg26rI
Très bonne journée, Laurine Chassagne, Yann Goltrant, Adrien Thibault et Valentin Thomas (doctorant·es et ATER à l’IRISSO)

A.B.C., le 08/04/2020 à 15h20

Bonjour à nouveau,

J’écris ceci à la suite de mon message précédent pour préciser mon propos : beaucoup de vos préconisations me paraissent très judicieuses, notamment à propos du fait de ne pas compter sur des logiciels de visioconférence en direct et de ne pas multiplier les supports et les plateformes, mais j’ai du mal à être d’accord avec votre conclusion selon laquelle « la seule mesure générale qu’il est possible de préconiser au vu de ces résultats est la validation de l’ensemble des enseignements dont les modalités de contrôle n’avaient pas été satisfaites à la date de la fermeture de l’université, ou reposeraient sur des connaissances qui devraient être acquises après cette date. »

Il ne fait aucun doute à mes yeux que les disparités (les écarts en termes de conditions sociales, etc.) vont être accentuées par le confinement puisqu’un.e étudiant.e nourri.e, logé.e, et blanchi.e par ses parents et qui a une chambre au calme à sa disposition pourra bien mieux travailler qu’un.e étudiant.e confiné.e avec 5 personnes dans un appartement de 50 mètres carrés où il faut partager sa chambre et s’occuper des frères et sœurs plus jeunes. Mais tout arrêter ou tout valider semble suggérer qu’avant le confinement ce genre d’inégalité n’existait pas, alors pendant l’année aussi beaucoup d’étudiant.e.s vivent dans des conditions difficiles (et/ou doivent travailler, faire leurs courses, se faire à manger, etc.) tandis que d’autres sont nourri.e.s, logé.e.s, et blanchi.e.s. Je suis donc tout à fait d’accord qu’il faut s’inquiéter des conditions dans lesquelles les étudiant.e.s travaillent actuellement et qu’il nous faut faire preuve de compréhension (et bien sûr faire quelque chose pour les étudiant.e.s qui n’ont pas la possibilité de poursuivre leurs études à distance) mais valider les semestres pour tou.te.s celles et ceux qui n’ont pu être évalué.e.s avant la fermeture me paraît assez injuste et incompatible avec la manière dont nos formations sont censées évaluer les acquis et les compétences de nos apprenants.

Le fait que plus de 80% de mes étudiant.e.s aient pu me rendre un travail dans les conditions actuelles me rassure et m’amène à penser qu’il faut valoriser cet effort particulièrement difficile tout en prenant des mesures pour celles et ceux (dans mon cas une dizaine de pourcent) qui n’ont pu travailler. Il sera certainement dificile de traiter ces situations au cas-par-cas, mais cela me paraît nécessaire, soit au travers d’une validation du semestre si le travail fourni au préalable était satisfaisant, soit proposer des évaluations de deuxième session au semestre prochain, etc. J’avoue ne pas avoir l’expérience administrative nécessaire en terme d’organisation des études ou de participation à des jurys pour pouvoir proposer des solutions plus créatives ou plus pertinentes.

Je vous remercie encore une fois pour votre travail et pour les réflexions auxquelles vous invitez.

Lise, le 11 avril 2020 à 11h52

Cette continuité pédagogique officiellement rassurante ouvre des voies royales aux EdTechs = structures privées basées sur IA et contributeurs ubérisés qui vont très rapidement épauler puis remplacer les bons vieux enseignants titulaires qui perdent trop de temps à réfléchir et vouloir faire réfléchir les autres. Les diplômes vaudront des badges et certificats sanctionnant des compétences soigneusement paramétrées (merci IA) et des incompétences magistralement orchestrées. En avant la musique des hautes sphères !

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