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J’aime le rap : je vais redoubler et devenir délinquant

par Pierre Mercklé le 15 février 2013 · 29 commentaires

dans Adolescences,Art,Cartes blanches,Cultures,Education,Enquêtes,Médias,Statistiques

Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Techno » du samedi 16 février 2013, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ? Alors bienvenue !

Comme c’est désormais la tradition à la parution de chaque billet, j’en publie ici une version plus longue, dans laquelle je peux en particulier indiquer beaucoup plus précisément les recherches de mes collègues sur lesquelles je me suis appuyé, et proposer également un certain nombre de compléments, et de pistes supplémentaires de réflexion…

Cette fois, c’est un article signalé par une étudiante du Master « Architecture de l’information » de l’ENS de Lyon, qui m’a donné l’idée de ce billet. Nous avons travaillé ensemble tout ce premier semestre, dans le cadre de l’UE « Enquêtes, statistiques, modélisations », sur les préférences musicales des Européens… La musique adoucit les mœurs, dit-on. Mais est-ce vraiment le cas de toutes les musiques ? C’est ce qu’ont sans doute voulu déterminer des chercheurs de l’université d’Utrecht (Pays-Bas), dont les conclusions viennent donc d’être publiées dans cet article paru dans la prestigieuse revue Pediatrics (Ter Bogt, Keijsers et Meeus, 2013) : Pediatrics est la revue scientifique officielle de l’Académie américaine de Pédiatrie (son « impact factor » de 5,4 la place au deuxième rang mondial des revues en pédiatrie). A partir d’une étude longitudinale sur un panel de 309 adolescents, ils « démontrent » que ceux qui au début de l’adolescence appréciaient les genres musicaux « bruyants » ou « rebelles » (rap, rock, punk, metal, électro…) vont avoir une plus forte tendance à développer des comportements déviants au cours de l’adolescence, tandis que ce n’est pas le cas de ceux qui préféraient des genres musicaux conventionnels (R&B, variétés commerciales) ou « intellectuels » (classique, jazz).

On peut sourire ou s’agacer de cette étude, qui semble entériner un préjugé classique contre les musiques de jeunes, dont les rythmes, les paroles (Anderson, Carnagey et Eubanks, 2003), voire même les clips vidéo (Hansen et Hansen, 1990) sont régulièrement accusés d’engendrer toutes sortes de problèmes comportementaux, depuis les conflits avec les parents et les difficultés scolaires jusqu’aux comportements violents ou à risque en passant par la toxicomonie (Forsyth, Barnard et Mckeganey, 1997)… Mais il faut bien reconnaître qu’elle s’inscrit en réalité dans une longue tradition d’entreprises scientifiques d’incrimination des musiques adolescentes (Arnett, 1991 ; Took et Weiss, 1994 ; Anderson, Carnagey et Eubanks, 2003 ; Fried, 2003 ; Miranda D, 2004 ; North et Hargreaves, 2005 ; Mulder, Ter Bogt, Raaijmakers et Vollebergh, 2007 ; Lennings et Warburton, 2011) et plus généralement des différents éléments des cultures des jeunesses populaires (Comstock et Scharrer, 2007 ; Strasburger, Wilson et Jordan, 2009), particulièrement vivace en particulier dans la psychologie expérimentale anglo-saxonne, et qui justifient d’ailleurs dans de nombreux pays l’apposition de vignettes d’avertissement sur certains disques.

Il vaut donc mieux regarder précisément les fondements de la démonstration des psychologues néerlandais. Et c’est là que le bât blesse : certes, les adolescents qui à 12 écoutaient les musiques honnies ont effectivement plus de comportements déviants à 16 ans, mais en réalité… ils en avaient déjà plus que les autres à 12 ans ! Rien ne prouve alors que la musique est la cause de la délinquance, et il faut plutôt suspecter ce qu’on appelle un « effet de structure » : les adolescents ne sont pas plus déviants parce qu’ils écoutent du rap ou du metal, mais ils ont des caractéristiques (milieu social, conditions matérielles d’existence, contexte familial…) qui peuvent expliquer à la fois leurs comportements et leurs goûts musicaux, sans qu’il y ait un quelconque lien de causalité entre les deux.

Essayons de rassurer au moins les parents français : le Ministère de la Culture a réalisé au même moment une enquête longitudinale de grande ampleur sur les pratiques culturelles des adolescents français, mais sur un échantillon autrement puisque 3900 adolescents ont été suivis pendant six ans, entre 11 ans et 17 ans (Octobre, Détrez, Mercklé et Berthomier, 2010). Même si nous n’avons pas analysé spécifiquement les comportements délinquants, en tout cas nous n’avons trouvé strictement aucune corrélation entre leurs goûts musicaux à la fin de l’école primaire et leurs performances scolaires ultérieures, au collège et au lycée : dès lors qu’on raisonne « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire en comparant les performances scolaires d’adolescents ayant des caractéristiques (familiales, sociales…) similaires, il ne subsiste aucun « effet propre » des goûts musicaux. La seule chose dont les pédiatres devraient s’inquiéter quand ils reçoivent des adolescents fans de Booba ou de Marylin Manson, c’est de l’état de leurs tympans !

Références bibliographiques

Anderson C.A., Carnagey N.L. et Eubanks J. , 2003, « Exposure to violent media: the effects of songs with violent lyrics on aggressive thoughts and feelings », Journal of Personality and Social Psychology, 84(5), pp. 960-971. Voir en ligne: http://www.psychology.iastate.edu/faculty/caa/abstracts/2000-2004/03ACE.pdf

Arnett J., 1991, « Heavy metal music and reckless behavior among adolescents », Journal of Youth and Adolescence, 20(6), pp. 573-592

Comstock G.A. et Scharrer E., 2007, Media and the American Child, San Diego, CA, Elsevier/ Academic Press

Forsyth A.J.M., Barnard M. et Mckeganey N.P., 1997, « Musical preference as an indicator of adolescent drug use », Addiction, 92(10), pp. 1317-1325

Fried B.C., 2003, « Stereotypes of music fans: Are rap and heavy metal fans a danger to themselves or others? », Journal of Media Psychology, 8, pp. 2-27

Hansen C.H. et Hansen R.D., 1990, « Rock music videos and antisocial behavior », Basic Applied Social Psychology, 11(4), pp. 357–369

Lennings H.I.B. et Warburton W.A. , 2011, « The effect of auditory versus visual violent media exposure on aggressive behaviour: the role of song lyrics, video clips and musical tone », Journal of Experimental Social Psychology, 47, pp. 794-799

Miranda D Claes M. , 2004, « Rap music genres and deviant behaviors in French-Canadian adolescents », Journal of Youth and Adolescence, 33(2), pp. 113-122

Mulder Juul, Ter Bogt Tom F.M., Raaijmakers Quinten et Vollebergh Wilma, 2007, « Music taste groups and problem behavior », Journal of Youth and Adolescence, 36(3), pp. 313-324. Voir en ligne: http://lesfemmesd-alost.wdfiles.com/local–files/het-artikel/Quinten%20Raaijmakers%20Fulltext%20article.pdf

North A.C. et Hargreaves D.J., 2005, « Brief report: Labelling effects on the perceived deleterious consequences of pop music listening », Journal of Adolescence, 28(3), pp. 433–440

Octobre Sylvie, Détrez Christine, Mercklé Pierre et Berthomier Nathalie, 2010, L’enfance des loisirs. trajectoires communes et parcours individuels de la fin du primaire aux années lycée, Paris, La Documentation française, coll. « Questions de culture ». Voir en ligne: http://pierremerckle.fr/2011/01/lenfance-des-loisirs

Strasburger V.C., Wilson B.J. et Jordan A.B. , 2009, Children, Adolescents, and the Media, Beverly Hills, CA, Sage Publications, 2nd ed.

Ter Bogt Tom F.M., Keijsers Loes et Meeus Wim H.J., 2013, « Early Adolescent Music Preferences and Minor Delinquency », Pediatrics, Volume 131, Number 2, February. Voir en ligne: http://pediatrics.aappublications.org/content/early/2013/01/02/peds.2012-0708.full.pdf

Took K.J. et Weiss D.S. , 1994, « The relationship between heavy metal and rap music and adolescent turmoil: real or artifact? », Adolescence, 29(115), pp. 613–621

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{ 29 commentaires… lisez-les ci-dessous ou ajoutez un commentaire }

Richard février 15, 2013 à 18h15

Effet de structure on peut je crois aussi parler de variable cachée.
En ce moment, je travaille avec mes élèves sur freakomics qui propose un cas similaire avec les prénoms afro-américain et la question de la délinquance.
Cordialement, Richard.

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Sébastien février 16, 2013 à 19h24

Je ne comprends pas comment l’article pu être publié dans une revue prestigieuse si l’étude ne se base pas sur un régression économétrie (annulant donc l’effet de structure que vous pointez)

Cordialement,

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Pierre Mercklé février 17, 2013 à 22h20

Si, un certain nombre de variables sont contrôlées, mais pas les variables définissant l’origine sociale, à laquelle la psychologie expérimentale est hélas trop souvent complètement indifférente.

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Julien février 16, 2013 à 20h11

Bonjour Pierre,
Le titre de votre article me dérange légèrement. Alors que l’article se veut, lui, plutôt nuancé, résumer les musiques « bruyantes » au rap est un raccourci totalement abusif. Je suis moi même amateur de musique Hip Hop depuis ma jeune adolescence et aujourd’hui ingénieur, j’en connais des dizaines dans ce cas… Le rap est un courant musical riche qui ne se résume pas à la provocation et à la violence. Aujourd’hui, le problème principal du rap, ce sont les médias spécialisés et généralistes qui mettent systématiquement en avant les mêmes rappeurs médiocres et provocateurs (toujours la recherche du sensationnel et du buzz facile – comme votre titre). Auteur et lecteurs de cet article, je vous invite à vous intéresser à des artistes comme Médine, Abd Al Malik, Oxmo, Hocus Pocus, La Rumeur, Disiz, 1995, Scylla, IAM, … car ce sont de vrais modèles et de vrais sources d’inspiration pour beaucoup de jeunes ! Je respecte bien évidemment les chercheurs qui ont réalisé ces études sans trop comprendre leurs objectifs (à part peut être effrayer les parents, stigmatiser certaines personnes ou encore désigner des responsables à des problèmes bien plus profonds).

Répondre

pas_d'excès février 17, 2013 à 0h16

>Il vaut donc mieux regarder précisément les fondements de la démonstration des psychologues néerlandais.

Il faudrait surtout m’expliquer la différence entre votre thèse et celle des auteurs. À *aucun* moment, ils n’affirment qu’il existe une relation de causalité, ils indiquent simplement que les goûts musicaux, sont statistiquement un *indicateur* d’autres tendances, ce que vous-même affirmez.
Êtes-vous sûr avoir bien lu/compris l’article ? Vous n’en donnez pas l’impression.

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Pierre Mercklé février 17, 2013 à 22h31

Vous n’avez pas complètement raison quand vous dites qu’ils ne font qu’établir une liaison statistique : l’article défend une thèse forte, celle de « l’infection » des adolescents par les comportements délinquants de leurs camarades , au sein des groupes de pairs rassemblés autour de goûts musicaux communs. On pourrait donc croire qu’ils disculpent les musiques elles-mêmes… Mais alors, comment expliquer que de telles « infections » se produisent dans au sein des groupes d’amateurs de rap, et pas d’opéra ?…

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pas_d'excès février 18, 2013 à 21h20

>l’article défend une thèse forte, celle de « l’infection » des adolescents par les comportements délinquants de leurs camarades

Si, au lieu de céder à la tentation de ridiculiser les auteurs en déformant sciemment leur propos (faire croire à tout ceux qui n’auront pas lu le papier que les auteurs établissaient une causalité alors qu’ils ne font que *confirmer* d’autres observations de l’existence d’une *corrélation*), vous aviez discuté la validité du modèle MMT versus « conditions initiales » que vous soutenez pour expliquer cette corrélation, je n’aurais rien à dire. Mais ce n’est pas le cas.

>Mais alors, comment expliquer que de telles « infections » se produisent dans au sein des groupes d’amateurs de rap, et pas d’opéra ?

Parce qu’en général, on n’appelle pas « contamination » la conformité aux normes sociales, par exemple ?

Je vous remercie d’avoir répondu à ma critique. Néanmoins, je constate que mon commentaire, critique, n’a pas été validé. C’est une corrélation entre deux faits. J’ai tendance à y voir un lien de causalité.

Salutations,

Répondre

Pierre Mercklé février 19, 2013 à 0h17

Les auteurs de cette étude se ridiculisent tout seuls, je n’ai pas besoin effectivement de le faire à leur place. Je ne crois pas du tout avoir déformé leurs propos, et du reste chacun peut en juger, comme vous l’avez fait, en allant lire leur article qui est disponible en ligne. Je ne comprends pas bien votre remarque sur la conformité aux normes sociales comme opposée à la contamination. Il faudrait développer, c’est très elliptique. Vous sous-entendez que la musique classique et le jazz sont plus fréquemment associés à la conformation aux normes sociales ? Mais POURQUOI ? Comment expliquez-vous cette association ?
Pour le dernier point, il relève de la paranoïa : je ne vous ai pas censuré, j’ai juste oublié de publier votre message avant d’y répondre. Vous auriez pu le deviner, non ? Comme quoi, encore une fois, corrélation et causalité…

Répondre

pas_d'excès février 24, 2013 à 13h59

>Je ne crois pas du tout avoir déformé leurs propos,

Voyons cela :
Votre article commence par : « ils « démontrent » que ceux qui [...] vont avoir une plus forte tendance à développer des comportements déviants au cours de l’adolescence ».
Je pense que vous serez d’accord avec le fait que les guillemets autour de « démontrent » ont pour rôle de montrer que leur démonstration n’est pas valable. Qu’est-ce qui est démontré ? Étant donné l’utilisation de vocabulaire courant, il est difficile de savoir si vous parlez d’une corrélation ou d’une causalité. Examinons donc les deux possibilités. Si vous entendez une causalité, le problème est résolu. À aucun moment les auteurs n’indiquent une causalité, bien au contraire, ils affirment explicitement qu’il s’agit d’un indicateur et donc effectivement vous déformez leur propos sur un point très important. Si vous entendez une corrélation, vous ne pouvez pas mettre de guillemets puisque par la suite vous acceptez cette corrélation à laquelle vous trouvez une autre explication que celle que les auteurs proposent (et plus exactement, celle que vous supposez que les auteurs proposent)

Dans les deux cas votre premier paragraphe n’est pas intellectuellement honnête.

Prenons le deuxième paragraphe. « un préjugé classique contre les musiques de jeunes, dont les rythmes, les paroles (Anderson, Carnagey et Eubanks, 2003), voire même les clips vidéo (Hansen et Hansen, 1990) sont régulièrement accusés d’engendrer toutes sortes de problèmes comportementaux ». J’imagine très bien. Ça me rappelle un souvenir de lycée où dans un article de Mme Figaro, la journaliste était terrorisé des références sataniques que l’on pouvait trouver dans le hard-rock, ou, dans un registre plus récent, l’inénarrable C. Boutin prenant sa plus belle plume pour demander à un brasseur connu de ne pas sponsoriser le Hell-fest de Clisson. Corollairement, vos lecteurs auront bien, je pense, saisi avant même d’avoir lu la critique, le niveau auquel se situent les auteurs. L’article continu ensuite pas « longue tradition d’entreprises scientifiques d’incrimination des musiques adolescentes[...] la psychologie expérimentale anglo-saxonne, et qui justifient d’ailleurs dans de nombreux pays l’apposition de vignettes d’avertissement sur certains disques.»
Ah, le fameux repoussoir anglo-saxon, qui est à certains domaines ce que les gousses d’ail et le crucifix sont aux vampires. Personnellement, j’ai plutôt appris que l’on juge un article sur son fond plutôt que sur la nationalité des auteurs. D’ailleurs, j’imagine qu’une critique anglo-saxonne, par exemple de vos travaux qui commencerait pas «…les travaux de P. Mercklé s’inscrivent dans la tradition des sciences humaines françaises qui considèrent qu’elles seules ont la finesse nécessaire pour envisager toutes les conséquences de la formules de Bayes » susciterait probablement chez vous (à juste titre d’ailleurs) un sentiment de manque d’équité. Appliquons néanmoins le principe de charité et supposons que ces références à la nationalité ne sont pas le signe d’un procès d’intention mais celui d’une volonté louable de vulgarisation : expliquer au lecteur qui ne le connaîtrait pas les sous-entendus nécessaires à la compréhension de l’article. Dans ce cas se pose, la question de la justesse de votre interprétation. Qu’en disent les auteurs-eux mêmes ? «Our work is frequently misinterpreted and used by all types of journalists/people who believe that music can corrupt young people. Obviously this in NOT what we argue in our article. [...][Some] types of music may annoy adults but are functional and important for young people! » donc, effectivement plus en opposition avec l’intention des auteurs que votre interprétation, c’est difficile à imaginer.

Je vous invite donc à relire cet article en ne partant pas du principe que les auteurs et les reviewers sont tellement stupides qu’ils ont besoin de vous pour envisager ce que vous appelez les « effets de structure ».

Salutations.

Dimitr Morel février 17, 2013 à 9h13

Bonjour

J’ai lu votre billet et les commentaires sur la page FB du monde.
Sans parler des commentaires qui n’ont rien à voir avec le sujet, je voudrais vous poser une question. Pourquoi n’avez vous pas d’avantage vulgarisé votre propos ? Cette conservation du discours intellectuelle crée nombres d’incompréhensions qui pourrait être gommer en une ou deux lignes. Je vous donne un exemple, un commentaire fait à la suite de votre billet publié sur la page Fb du Monde
« je ne suis pas du tout d’accord avec cela!! Cela ferait donc beaucoup de futurs délinquants, tant de jeunes et leurs parents aiment le rap! » ou encore  » ou encore « Il ne faut pas généraliser, pendant mon adolescence j’ai beaucoup écouter du Rap cela n’a pas fait de moi un voyou! » Je repose ma question : Pourquoi ne pas avoir rendu plus accessible votre discours ?

Cordialement
Dimitri Morel étudiant en L3 de sociologie à Lyon 2

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Pierre Mercklé février 17, 2013 à 22h34

J’essaie, mais c’est un exercice difficile en peu de mots. J’ai bien vu notamment que le second degré du titre n’avait pas été perçu par tout le monde, et que tu coup il est arrivé que quelques uns pensent que ma thèse était celle du titre. Alors évidemment que c’est celle de l’article dont j’ai essayé de critiquer l’argumentation. Pas facile tout ça !

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Pierre Mercklé février 17, 2013 à 22h54

Passionnant, cela dit, ces commentaires sur FB (ici : http://www.facebook.com/photo.php?fbid=10151430822502590&set=a.10150463583152590.393463.14892757589&type=1) et aussi sur la version électronique de l’article sur lemonde.fr (là : http://abonnes.lemonde.fr/sciences/article/2013/02/14/j-aime-le-rap-je-vais-redoubler-et-devenir-delinquant_1832924_1650684.html). Sur FB, le contresens vient largement du fait que le signalement de l’article n’en reprend que les premières lignes… Et si on ne lit pas l’article (loin de moi l’idée de penser cela, mais…), on risque bien de croire que je défends l’idée exprimée dans le titre, et donc on risque bien de rater le second degré…

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So.what février 17, 2013 à 16h55

Et Jean-Sébastien Bach n’est pas non plus un indicateur de ce que leurs parents sont de pauvres crevards.

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Nils Hamerlinck février 18, 2013 à 12h21

Bonjour,

Votre article est essentiel mais sa conclusion me gêne : des travaux ont-ils montré un lien de causalité entre le fait d’être fan de Booba et de Marilyn Manson et le fait d’écouter sa musique trop fort ?

À moins qu’il ne s’agissait là d’une forme avancée d’ironie par l’usage délibéré d’un sous entendu cliché, auquel cas je m’associe à Dimitri dans son invitation à démocratiser votre style ;)

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Pierre Mercklé février 18, 2013 à 13h43

Ben oui, c’était un peu ironique, mais je vois bien, par tous les commentaires suscités, que le second degré ne passe pas toujours très bien. Dommage, non ?

Répondre

Hervé Polesi février 18, 2013 à 15h21

Cher Pierre, chers commentateurs,

Je trouve l’invitation faite à Pierre de démocratiser son style un peu fort de café : ce n’est pas non plus du Stanley Cavell (« Je ne nierai pas les charmes de l’obscurité ») ! Oui, un article, cela se lit tranquillement, posément, et on se pose des questions en le lisant. @ Dimitri : régulièrement, dans mes cours, en socio comme ailleurs, mes étudiants me demandent le sens de tel ou tel mot (« parousie » ou « forclusion » par exemple. Je le leurs explique et tout le monde est content : faut-il que je m’adapte au niveau de langage des moins dotés de mes étudiants ou faut-il que je leur propose une progression ?
@Pierre, ton article dans LeMonde fait référence à la libre disponibilité des données. Je ne suis pas parvenu à mettre la main dessus, ce que j’aimerai beaucoup faire pour nourrir des travaux dirigés.
Joyeux lundi à tous.

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Pierre Mercklé février 18, 2013 à 15h43

Merci Hervé de ton soutien ! En plus, j’essaie réellement de faire des efforts dans ces articles pour Le Monde, sous la surveillance étroite de mon entourage, des copains de mon village, qui me tapent violemment sur les doigts le lundi si j’ai employé des mots compliqués (« artefact » m’a obligé à un mail d’explication à tout le village).
S’agissant des données brutes, elles sont distribuées par le Réseau Quételet, description et liens ici : http://www.cmh.ens.fr/greco/enquetes/XML/lil-0547.xml

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Hervé Polesi février 18, 2013 à 16h26

De nada, compañero ! C’est une réelle interrogation pédagogique, et la solution à laquelle je me suis rangée n’est que temporaire : je préfère prendre du temps pour expliquer plutôt que de simplifier a priori. Parce que maintenant que tous tes copains connaissent « artefact », tu peux l’utiliser sans scrupules.
Merci pour le lien vers Quételet.

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Régis février 21, 2013 à 18h50

Bonjour,

J’ai lu l’article et je n’ai pas ressenti aussi fort que vous cette notion de contamination. Cela dit, le fait qu’à 16 ans la liaison entre la « fréquentation » de « musiques » « rebelles » et la délinquance soit plus hautement significative doit faire exprimer cette hypothèse dans la discussion.
Cela mis à part, du point de vue du médecin que je suis, cet article est surprenant dans une revue de pédiatrie car la dimension psychologique/psychiatrique de la question est réglée de façon sommaire. Les résultats de l’analyse de la personnalité ne sont pas décrits. Enfin, de manière toute simple, on aimerait savoir si les jeunes suivis dans cette étude ont des antécédents (prise de psychotropes, thérapie, orthophonie…)
Reste la question de la grande délinquance – mais une étude longitudinale sur seulement 300 sujets ne peut y répondre, une étude cas-témoins serait certainement plus informative.
Bon, enfin, si j’avais des gamins de 12-16 ans qui se la jouaient gothique et écoutaient les horreurs dont parle l’article, je ferais preuve d’une vigilance éducative accrue!
Vous posiez la question de l’opéra. Deux remarques:
-en règle général, le genre lyrique se découvre au début de l’âge adulte (l’enfant et l’adolescent se tournent vers la musique instrumentale ou l’oratorio)
- l’opéra fut au 19ème siècle un vecteur de sédition… l’insurrection de Bruxelles en 1830 survint lors d’une représentation de la Muette de Portici à la Monnaie. Les opéras de jeunesse de Verdi sont parcourus d’une flamme risorgimentale explicite appelant au soulèvement contre les Autrichiens auxquels les « méchants » Babyloniens de Nabucco ressemblent étonnamment (pour ne rien dire des Huns dans Attila ni des troupes de Frédéric Barberousse dans la Bataille de Legnano…)

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neple jean-philippe mars 29, 2013 à 19h21

pas gentil, ce commentaire sur la necessité d’expliquer « artefact » à tout le village !! je pense que je vais t’expliquer aussi quelques règles de civilité , désolé si j’emploie une méthode un peu archaique, je voudrais pas décevoir l’image que tu te fais de tes voisins !!

amicalement,

jean-phi

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Pierre Mercklé mars 29, 2013 à 19h39

Pan sur mon bec Jean-Philippe ! Je me suis mal exprimé, ce que je voulais dire, c’est que j’essaie de faire attention à m’exprimer dans ces articles de la façon la moins pédante possible, et que parfois j’échouais. « Artefact » était un bon exemple de pédanterie, tu sais que Jean-Pierre m’a obligé à un mail collectif d’explication, et il avait raison ! Après, d’un côté je tombe dans la pédanterie, et de l’autre on m’accuse de caricature et de simplification exagérée, comme pour ce billet sur la musique : pas facile !

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neple jean-philippe mars 29, 2013 à 20h21

je ne vais entrer dans la polèmique sur ta juste ou pas interprétation de l’article de servant de réfèrence, pour cela, il faudrait que l’anglais me soit accessible.
une question, cependant. ne penses-tu pas que l’écoute de musique où les paroles sont violentes, discriminatoires, racistes, appellant à contester l’ordre établit, etc… n’accroit pas le risque de dérive délinquante sur un jeune public qui a, comme tu le dis, bien souvent déjà cumulé un certain nombre de facteurs sans doute plus fondamentaux à ce risque ?

pas_d'excès février 24, 2013 à 18h43

J’ai pris pourtant la peine d’expliquer assez en détail pourquoi le fond de *votre* article ne tient pas face à la substance réelle de l’article que vous critiquez. Au lieu de répondre, par exemple en m’expliquant où dans l’article en question les auteurs font un rapport de causalité (votre thèse) entre les goûts musicaux et la délinquance. Au lieu de cela, vous vous réfugiez sur les motivations qui m’animeraient en utilisant une deuxième fois le terme de paranoïa. Je laisse aux lecteurs de ce blog le soin de juger qui ne respecte pas les critères de la discussion scientifique.
P.S. : que vos motivations soient l’anti-saxonnie ou la anti-psychologie expérimentale, c’est toujours un procès d’intention et pas une discussion scientifique.
Salutations

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Pierre Mercklé février 25, 2013 à 9h25

Mais c’est absurde ! J’ai déjà essayé de vous l’expliquer en réponse à un de vos premiers commentaires ! Je veux bien le redire, la pédagogie c’est de la répétition : l’article défend une thèse forte, celle de « l’infection » des adolescents par les comportements délinquants de leurs camarades , au sein des groupes de pairs rassemblés autour de goûts musicaux communs. Il y a donc bien un modèle causal, qui fait appel à une hypothèse structurale (relevant de l’analyse des réseaux), mais qu’aucune analyse empirique ne vient étayer. En outre, ce que je pointais déjà précédemment, c’est qu’ils n’expliquent absolument pas non plus comment de telles « infections » se produisent au sein des groupes d’amateurs de rap, et pas d’opéra… Faute de cette explication, faut d’étayage empirique des hypothèses interprétatives, le modèle causal sous-jacent ne peut boucler que sur une causalité sauvage entre propriétés des genres musicaux et délinquance.

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Fabrice Malaise février 25, 2013 à 1h03

Il est navrant de voir à quel point les média hexagonaux entretiennent l’ambiguïté entre corrélation et lien causal. Peut-être est-ce plus vendeur…

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Munsch mars 14, 2013 à 20h11

Suite à la lecture de votre article sur le rap et la délinquance,j’ose vous écrire quelques lignes.Tout d’abord pour vous remercier et plus précisément pour remettre régulièrement dans vos articles de la justesse dans ce qui pourrait devenir trop facilement de « fausses vérités arrangeantes ». Pour avoir aidé bénévolement de jeunes délinquants à sortir de la violence, ce que vous nommez caractéristiques dans votre article est bien à la base de leurs difficultés.Un dernier mot sur une « fausse vérité arrangeante »,à la question systématiquement posée dans mes ateliers : « pensez vous qu’il existe un gène de la violence ? J’ai pu entendre de nombreux « oui » de jeunes et de moins jeunes toutes classes sociales confondues. Leur réponse était « arrangeante » mais fausse et injuste pour l’ado.
Merci à vous pour permettre à vos lecteurs d’éviter les « fausses vérités arrangeantes ».
Cordialement

Répondre

Pierre Mercklé février 24, 2013 à 18h38

@pas_d’excès : J’avoue ne pas comprendre les raisons qui pourraient expliquer l’agressivité de vos remarques, qui me semble déroger aux usages habituels de la discussion scientifique, mais ce n’est pas très grave. Je ne vais pas vous répondre point par point, parce que je crois que vous n’êtes pas dans des dispositions qui permettent d’entendre des arguments pourtant très classiques et des critiques menées pourtant depuis longtemps en sociologie de la culture. Juste sur un point : à nouveau, vos interprétations de ce que j’écris sont paranoïaques, au sens clinique, autrement dit vous prêtez des intentions incorrectes. C’est le cas en particulier quand vous me supposer l’intention d’utiliser un « repoussoir anglo-saxon », quand en réalité d’une part je ne fais que constater une tendance objective (que j’ai d’ailleurs largement documentée avec les références indiquées), et quand d’autre part le repoussoir qu’éventuellement j’invoque ici n’est pas l’Anglo-saxonnie, mais la psychologie expérimentale ! Vous avez envie de me taper dessus visiblement (je ne sais pas pourquoi), mais au moins visez juste !

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Pierre Mercklé avril 2, 2013 à 14h37

Il faut d’abord préciser que toutes les paroles des chansons de rap ne sont pas violentes, discriminatoires ou racistes, et que pour les deux derniers adjectifs, ce n’est probablement pas du tout le cas non plus de la plupart des paroles de metal. Ensuite, justement, c’est tout l’intérêt des méthodes d’analyse statistique qui permettent de raisonner « toutes choses égales par ailleurs » : dans ce cas précis, nos données montrent justement que pour des adolescents ayant par ailleurs des caractéristiques identiques (et donc accumulant le même niveau de « risque », comme tu dis), l’écoute de ces genres musicaux n’accroît pas en tout cas les retards scolaires. C’est déjà ça !

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jean-philippe neple avril 6, 2013 à 9h33

en effet c’est une bonne chose de le rappeler , étude sérieuse à l’appui. ce qui serait, interressant, même si j’imagine que c’est certainement difficile de réunir les données, c’est de connaitre les résultat scolaires de ceux qui pratiquent cette musique ou d’autres ayant les mêmes caractèristiques, ceux qui en sont les acteurs car intuitivement on peut imaginer qu’ils en tirent les mêmes effets bénéfiques que ceux pratiquant par ailleurs un sport intensément.

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